LÉLIE, ERGASTE, ANSELME, HORACE
ERGASTE, à Lélie.
Ne VOUS hâtez point tant : c’est pour toute la vie, Et deux nuits vous feront en passer votre envie.
Qu’est-ce ?
ANSELME
ERGASTE
Il VOUS veut presser, et trouve que ce soir Est un terme trop long pour un si cher espoir.
ANSELME
Peu de temps réglera l’amour qui vous transporte.
(A Ergaste.)
Mais viens çà; qui t’a dit que ma femme était morte?
LA SŒUR
Quand, à Constantinople, as-tu porté tes pas?
Tu t’accuses, perfide, en ne répondant pas :
Qui hésite est surpris et médite une excuse.
LÉLIE, à part.
Ergaste, et vite, un mol, un détour, une ruse !
ERGASTE, à part.
Adieumon personnage.
LÉLIE, à part.
Et tôt !
ERGASTE, à part.
J’ai beau rêver ;
Si vous ne me soufflez, je ne puis l’achever.
LÉLIE, à part.
Dieux! que ferai-je? Ergaste à bout de son adresse !
ERGASTE
Source d’infirmités, déplorable vieillesse.
Plus je veux pénétrer tes abîmes profonds.
Plus je te considère, et plus je me confonds: Comme un logis tombant accable qui l’habite,
Tu fais qu’avec le corps l’esprit se débilite.
Que le temps avec l’âge emporte la raison.
Et que l’bôte renverse avecque la maison.
ANSELME
Que veux-tu dire enfin?
ERGASTE
Que votre défiance
Fait que vous avez trop et trop peu de créance.
Et que cette faiblesse est un effet du temps
Qui pour notre malheur marque vos derniers ans.
Qui vous fait croire autrui contre notre parole ?
Qui vous a dans l’esprit mis ce soupçon frivole ?
ANSELME
Géronte, un mien ami...
LÉLIE à Ergaste, à part.
Ne te relâche pas.
ANSELME
Qui, de Constantinople arrivé de ce pas.
Pendant un tour ou deux qu’il fait pour ses affaires, M’a laissé ce sien fils racheté des corsaires. M’assure d’avoir vu Constance à son départ.
Et de plus m’a rendu cet écrit de sa part,
Dit qu’il n’a rien au vrai pu savoir d’Aurélie,
Mais qu’elle la croit morte.