ORGIE, LYDIE
ORGIE
Adieu donc, bonne dame !
LYDIE
Il est vrai, je suis bonne, et crois, sans me vanter, N’avoir point jusqu’ici donné lieu d’en douter.
ORGIE
L’état où je te trouve au moins le justifie :
Vous parliez ou d’église ou de philosophie?
Quel grand mal ai-je fait? Ne peut-on, sans soupçon.
En passant seulement, saluer un garçon?
ORGIE
Non, tout ce vain salut n’est que franche cabale
Qui n’est point sans dessein, non plus que sans scandale.
Et j’ai toujours appris que jamais suborneur
De fille de maison n’a corrompu l’honneur
Que par l’intelligence et par le ministère
Tantôt de sa servante et tantôt de sa mère :
C’est toi qui, de ma nièce animant les souhaits.
Lui portes l’amhassade et lui rends les poulets.
Qui, traitant pour Éraste, as enfin, malheureuse.
Mis aux termes qu’elle est leur ardeur amoureuse.
LYDIE
Vous payez d’une belle et rare qualité Quatorze ans de service et de fidélité.
ORGIE
Tu reconnais bien mieux l’honneur qu’en ma famille On t’a toujours rendu comme à ma propre fille.
LYDIE
Si cet honneur m’est grand, le bonheur de m’avoir Est le plus grand aussi qu’elle ait pu recevoir.
ORGIE
Ailleurs que dans la rue, indiscrète, impudente,
Je te ferais cracher cette langue insolente.
Et rentrer dans le sein cet orgueilleux propos.
Mais viens dans la maison, nous en dirons deux mots.
LYDIE
Je n’y rentrerai point après cette menace ;
L’estime où l’on m’y tient visiblement m’en chasse.
LA SŒUR
ORGIK, la tirant par les cheyeux.
Je t’obligerai bien d’y rentrer malgré toi.
Allons, friponne.
LYDIE
A l’aide ! ô ciel ! secourez-moi !
ORGIE
Entre, infâme, entre, et crois qu’au déclin de mon âge Je n’ai point tant perdu de force et de courage Qu’il ne m’en reste encore assez pour me venger.
Pour me faire obéir et pour te bien ranger.