‹ Théâtre choisiChapitre 168 sur 375 · ORGIE, LYDIE · texte numérisé non relu

ORGIE, LYDIE

ORGIE

Adieu donc, bonne dame !

LYDIE

Il est vrai, je suis bonne, et crois, sans me vanter, N’avoir point jusqu’ici donné lieu d’en douter.

ORGIE

L’état où je te trouve au moins le justifie :

Vous parliez ou d’église ou de philosophie?

Quel grand mal ai-je fait? Ne peut-on, sans soupçon.

En passant seulement, saluer un garçon?

ORGIE

Non, tout ce vain salut n’est que franche cabale

Qui n’est point sans dessein, non plus que sans scandale.

Et j’ai toujours appris que jamais suborneur

De fille de maison n’a corrompu l’honneur

Que par l’intelligence et par le ministère

Tantôt de sa servante et tantôt de sa mère :

C’est toi qui, de ma nièce animant les souhaits.

Lui portes l’amhassade et lui rends les poulets.

Qui, traitant pour Éraste, as enfin, malheureuse.

Mis aux termes qu’elle est leur ardeur amoureuse.

LYDIE

Vous payez d’une belle et rare qualité Quatorze ans de service et de fidélité.

ORGIE

Tu reconnais bien mieux l’honneur qu’en ma famille On t’a toujours rendu comme à ma propre fille.

LYDIE

Si cet honneur m’est grand, le bonheur de m’avoir Est le plus grand aussi qu’elle ait pu recevoir.

ORGIE

Ailleurs que dans la rue, indiscrète, impudente,

Je te ferais cracher cette langue insolente.

Et rentrer dans le sein cet orgueilleux propos.

Mais viens dans la maison, nous en dirons deux mots.

LYDIE

Je n’y rentrerai point après cette menace ;

L’estime où l’on m’y tient visiblement m’en chasse.

LA SŒUR

ORGIK, la tirant par les cheyeux.

Je t’obligerai bien d’y rentrer malgré toi.

Allons, friponne.

LYDIE

A l’aide ! ô ciel ! secourez-moi !

ORGIE

Entre, infâme, entre, et crois qu’au déclin de mon âge Je n’ai point tant perdu de force et de courage Qu’il ne m’en reste encore assez pour me venger.

Pour me faire obéir et pour te bien ranger.

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