ACTE V, SCÈNE III
ORGIE, à part.
Le sermon sera long: n’en voici que Texorde. O funeste courroux !
ANSELME
Vous savez qu’étant morts, Notre premier devoir, au sortir de ce corps,
Est de rendre à l’instant compte de notre vie A qui nous l’a donnée et qui nous l’a ravie.
Et qu’en ce compte exact que nous rendons à Dieu La restitution tiendra le premier lieu :
Par elle seulement notre offense s’efface.
Et sans elle un pécheur ne trouve point de grâce.
ORGIE, à part.
Quand il faut demander nous faisons des sermons ; Mais à restituer nous sommes des démons.
ANSELME
Vivants, si nous voulons, nos œuvres sont utiles;
Mais après le trépas elles sont infertiles.
Et c’est en l’autre monde un souvenir bien doux Qu’ici-bas nos péchés soient morts premiers que nous. Malheureux, qui, croyant ses affaires secrètes,
Laisse à ses héritiers la charge de ses dettes.
Puisqu’ alors que les biens sont une fois vendus.
Le bien et mal acquis ne se séparent plus!
C’est une idole d’or que le plus sage adore.
ORGIE
Le carême n’est plus, et vous prêchez encore !
Venons au fait, de grâce.
ANSELME
Attendez, m’y voici ;
Je ne vous en aurai que trop tôt éclairci.
Votre frère, de bonne et d’heureuse mémoire...
ORGIE
De mauvaise pour moi; mais abrégez l’histoire.
ANSELME
M’a, par un crime énorme, et pour moi tout nouveau, Changé, pour faire court, une fille au berceau.
ORGIE
Écoulez.
Mais, de grâce, écoutez-moi vous-même,
De peur que, commençant dedans ce trouble extrême Le déni d’un forfait avéré clairement.
Vous ne le souteniez après obstinément,
LA SŒUR
Et qu’il n’en faille enfin passer aux violences Qui font de la justice exercer les balances.
Ne vous promettez plus d’éblouir nos esprits;
J’ai vu le testament par qui j’ai tout appris,
Qui veut...
ORGIK.
J’en suis d’accord, et sais ce qu’il m’ordonne.
ANSELME
Exécutez-le donc, et Dieu vous le pardonne !
ORGIE
Encor qu’avec raison je pusse m’excuser
Du tort qu’en ce rencontre on voudrait m’imposer,
N’ayant point eu de part en la sourde pratique...
ANSELME
N’entrons point, je vous prie, en cette rhétorique.
Et parlons seulement de restitution.
ORGIE
Ne lâchez point la bride à votre passion :
Votre fille est à vous, vous la pouvez reprendre ;
Mais ne nous ôtez point ce qui ne se peut rendre, L’honneur, qui ne s’acquiert ni se perd qu’une fois,
Et modérez un peu l’accent de votre voix :
Vous obtiendrez autant avec moins de furie.
ANSELME
L’injustice est muette, et la justice crie ;
Rendez grâces au ciel, dont le soin provident De cet énorme hymen divertit l’accident;
Car, quoique vous n’ayez qu’avecque répugnance Consenti cette injuste et funeste alliance.
Vous n’encouriez pas moins un supplice éternel :
Qui pèche y répugnant en est plus criminel.
Mais, pour n’intéresser mon droit ni votre estime.
De vous-même et sans bruit réparez-en le crime.
Et, puisque cet intrigue est assez éclairci.
Allons prendre Aurélie, et la rendons ici.
ORGIE
Allons, elle est chez moi. Détestable Lydie,
Ta mort fera la fin de cette tragédie.
Je t’aurai, malheureuse, et tu ne m’auras pas Impunément coûté mes dix mille ducats !
(lis sortent.)