VALÉRIE, CAMILLE
CAMILLE
Quoi ! VOUS ne sauriez vaincre une frayeur si vaine?
Un songe, une vapeur vous cause de la peine,
A vous sur qui le Ciel déployant ses trésors.
Mit un insigne d’esprit dans un si digne corps !
VALÉRIE
Le premier des Césars apprit bien que les songes Ne sont pas toujours faux et toujours des mensonges ; Et la force d’esprit dont il fut tant vanté.
Pour l’avoir conseillé, lui coûta la clarté.
Le Ciel, comme il lui plaît, nous parle sans obstacle ; S’il veut, la voix d’un songe est celle d’un oracle,
Et les songes, surtout tant de fois répétés.
Ou toujours, ou souvent, disent des vérités.
Déjà cinq ou six nuits à ma triste pensée Ont de ce vil hymen la vision tracée,
M’ont fait voir un berger avoir assez d’orgueil Pour prétendre à mon lit, qui serait mon cercueil.
Et l’empereur, mon père, avecque violence.
De ce présomptueux appuyer l’insolence.
Je puis, s’il m’est permis, et si la vérité Dispense les enfants à quelque liberté.
De sa mauvaise humeur craindre un mauvais office ; Je connais son amour, mais je crains son caprice,
Et vois qu’en tout rencontre il suit aveuglément La bouillante chaleur d’un premier mouvement.
Sut-il considérer, pour son propre byménée.
Sous quel joug il baissait sa tête couronnée.
Quand, empereur, il fit sa couche et son État Le prix de quelques pains qu’il emprunta soldat.
Et, par une faiblesse à nullé autre seconde.
S’associa ma mère à l’empire du monde ?
Depuis, Rome souffrit et ne réprouva pas Qu’il commît un Alcide au fardeau d’un Atlas,
Qu’on vit sur l’univers deux têtes souveraines.
SAINT GENEST
Et que Maximien en partageât les rênes.
Mais pourquoi pour un seul tant de maîtres divers,
Et pourquoi quatre chefs au corps de l’univers?
Le choix de Maximin et celui de Constance Étaient-iis à LÉtat de si grande importance Qu’il en dût recevoir beaucoup de fermeté,
Et ne pût subsister sans leur autorité ?
Tous deux différemment altèrent sa mémoire,
L’un par sa nonchalance, et l’autre par sa gloire. Maximin, achevant tant de gestes guerriers.
Semble au front de mon père en voler les lauriers ;
Et Constance, souffrant qu’un ennemi l’affronte. Dessus son même front en imprime la honte.
Ainsi, ni dans son bon, ni dans son mauvais choix D’un conseil raisonnable il n’a suivi les lois.
Et, déterminant tout au gré de son caprice.
N’en prévoit le succès ni craint le préjudice.
CAMILLE
Vous prenez trop l’alarme, et ce raisonnement N’est point à votre crainte un juste fondement.
Quand Dioclétien éleva votre mère Au degré le plus haut que l’univers révère,
Son rang, qu’il partageait, n’en devint point plus bas, • Et, l’y faisant monter, il n’en descendit pas ;
Il put concilier son honneur et sa flamme.
Et, choisi par les siens, se choisir une femme. Quelques associés qui régnent avec lui.
Il est de ses États le plus solide appui :
S’ils sont les matelots de cette grande flotte,
Il en tient le timon, il en est le pilote,
Et ne les associe à des. emplois si hauts Que pour voir des Césars au rang de ses vassaux. Voyez comme un fantôme, un songe, une chimère, Vous fait mal expliquer les mouvements d’un père,
Et qu’un trouble importun vous naît mal à propos D’où doit si justement naître votre repos.
VALÉRIE
Je ne m’obstine point d’un effort volontaire Contre tes sentiments en faveur de mon père.
Et contre un père, enfin, l’enfant a toujours tort.
Mais me répondras-tu des caprices du sort ?
Ce monarque insolent, à qui toute la terre Et tous ses souverains sont des jouets de verre. Prescrit-il son pouvoir? et, quand il en est las,
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