ACTE II, SCÈNE VI
Que votre repentir...
ADRIEN
Non, non, mon sang, Flavie, est tout prêt à sortir.
FLAVIE
Si vous vous obstinez, votre perte est certaine.
ADRIEN
L’attente m’en est douce, et la menace vaine.
FLAVIE
Quoi ! vous n’ouvrirez point l’oreille à mes avis.
Aux soupirs de la cour, aux vœux de vos amis,
A l’amour de César, aux cris de Natalie,
A qui si récemment un si beau nœud vous lie? Voudriez-vous souffrir que dans cet accident Ce soleil de beauté trouvât son occident?
A peine, depuis l’heure à ce nœud destinée.
A-t-elle vu llamber les torches d’hyménée :
Encor si quelque fruit de vos chastes amours Devait après la mort perpétuer vos jours !
Mais vous voulez mourir avecque la disgrâce D’éteindre votre nom avecque votre race.
Et, suivant la fureur d’un aveugle transport.
Nous être tout ravi par une seule mort!
Si votre bon génie attend l’heure opportune. Savez-vous les emplois dont vous courez fortune? L’espoir vous manque-t-il? et n’osez-vous songer Qu’avant qu’être empereur Maximin fut berger? Pour peu que sa faveur vous puisse être constante, Quel défaut vous défend une pareille attente?
Quel mépris obstiné des hommes et des dieux Vous rend indifférents et la terre et les cieux.
Et, comme si la mort vous était souhaitable.
Fait que pour l’obtenir vous vous rendez coupable, Et vous faites César et les dieux ennemis?
Pesez-en le succès d’un esprit plus remis ;
Celui n’a point péché, de qui la repentance Témoigne la surprise et suit de près l’offense.
ADRIEN
La grâce dont le ciel a touché mes esprits M’a bien persuadé, mais ne m’a point surpris ;
Et, me laissant toucher à cette repentance.
Bien loin de réparer, je commettrais l’olfense.
Allez, ni Maximin, courtois ou furieux.
Ni ce foudre qu’on peint en la main de vos dieux,
SAINT GENEST
Ni la cour, ni le trône, avecque tous leurs charmes,
Ni Natalie enfin avec toutes ses larmes.
Ni l’univers rentrant dans son premier chaos.
Ne divertiraient pas un si ferme propos.
Pensez bien aux effets qui suivront mes paroles.
ADRIEN
Ils seront sans vertu, comme elles sont frivoles.
FLAVIE
Si raison ni douceur ne vous peut émouvoir.
Mon ordre va plus loin.
ADHIEN.
Faites votre devoir.
FLAVIE
C’est de vous arrêter et vous charger de chaînes.
Si, comme je vous dis, l’une et l’autre sont gaines.
(On enchaîne Adrien.)
ADRIEN
Faites; je recevrai ces fardeaux précieux
Pour les premiers présents qui me viennent des cieux,
Pour de riches faveurs et de superbes marques
Du César des Césars et du roi des monarques ;
Et j’irai sans contrainte où, d’un illustre effort.
Les soldats de Jésus triomphent de la mort.
(Ils sortent.)
DIOCLÉTIEN
En cet acte, Genest à mon gré se surpasse.
MAXIMIN
Il ne se peut rien feindre avecque plus de grâce.
VALÉRIE, se levant.
L’intermède permet de l’en féliciter.
Et de voir les acteurs.
DIOCLÉTIEN
Il se faut donc hâter.