‹ Théâtre choisiChapitre 21 sur 375 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

î Oses-tu, malheureux, encor me soutenir I Ce qui ne fut jf.mais ni ne peut avenir,

1 Qu’étant ici présent, tu sois chez nous encore?

^ SOSIE

C’est l’effet d’un pouvoir que moi-même j’ignore ;

Mais je ne vous mens point.

AMPHITRYON

Misérable est celui

Sur qui pend le malheur qui t’attend aujourd’hui.

SOSIE

Je ne me défendrai d’un traitement si rude Qu’avecque la vertu qu’enjoint la servitude.

AMPHITRYON

Ton impudence encor s’obstine à me jouer!

C’est bien haïr la vie, il le faut avouer:

Tu m’oses soutenir avecque tant d’audace

Qu’un même homme en même heure occupe double place?

SOSIE

Je le maintiens encor.

AMPHITRYON

Te confondent les dieux 1

Leur foudre, si je mens, m’extermine à vos yc i !

AMPHITRYON

Quelle confusion à la mienne est pareille,

Et combien justement douté-je si je veille !

SOSIE

Que désirez-vous plus? je vous l’ai dit cent fois,

Et vous verrez l’effet s’accorder à ma voix.

A quoi tant répéter ce discours inutile ?

Me voici dans les champs, et je suis à la ville.

Parlé-je cette fois assez disertement.

En termes assez clairs, assez distinctement?

Nos fautes font bien moins que votre défiance Ce malheur qui chez vous nous ôte la créance.

Malheur, Amphitryon, à ceux que comme moi Un sort abject et bas rend indignes de foi !

AMPHITRYON

Traître, qui te croira? quel esprit si crédule Ne tiendra comme moi ce conte ridicule.

Que tu sois au logis, et que tu sois ici?

SOSIE

J’en suis le plus confus et le plus en souci ;

Mais il n’est rien plus vrai.

AMPHITRYON

Dessus quelle apparence As-tu si fermement fondé cette assurance ?

SOSIE

Il est trop vrai, vous dis-je, et cet étonnement.

S’il vous touche si fort, me touche également.

Je n’ai pas cru d’abord à cet autre moi-même :

J’ai démenti mes yeux sur ce rapport extrême ;

Mais j’ai tant fait enfin c{ue je me suis connu;

Je me suis tout conté comme il est avenu,

Jusques à me citer la coupe de Ptérèle ;

J’ai mon nom, mon habit, ma forme naturelle ; Enfin je suis moi-même, et deux gouttes de lait N’ont pas, à mon avis, un rapport si parfait.

J’ai trouvé, quand bien las j’ai ma course achevée...

AMPHITRYON

Quoi?

SOSIE

Que j’étais chez nous avant mon arrivée ;

Je travaillais ensemble et j’étais en repos,

Fatigué par les champs, et là frais et dispos.

AMPHITRYON

Dieux ! comme il est troublé ! Cette disgrâce insigne Est le fatal présent de quelque main maligne. Quelque méchant esprit rencontré sur ses pas.

SOSIE

Vous l’avez deviné, je ne le nîrai pas.

Cette maligne main, si forte et si hardie.

D’un orage de coups m’a la joue étourdie.

AMPHITRYON

Qui t’a battu ?

SOSIE

Moi-même.

AMPHITRYON

Et pourquoi ?

SOSIE

Sans raison.

AMPHITRYON

Toi?

SOSIE

Moi, vous dis-je, moi qui suis à la maison.

AMPHITRYON

Écoute, observe ici l’ordre que je désire,

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