ACTE II, SCÈNE I
Et réponds mot pour mot à ce que je vais dire. Quel est, premièrement, ce Sosie inconnu Qui t’a tout raconté ce qui t’est avenu ?
SOSIE
11 est votre valet.
AMPHITRYON
Trêve à sa courtoisie.
Deux me sont superflus, et j’ai trop d’un Sosie.
SOSIE
Le ciel ne soit jamais favorable à mes vœux,
Si je ne vous fais voir que vous en avez deux !
Celui que je vous dis, ma vivante peinture, Passerait pour moi-même aux yeux de la nature ;
Il m’est pareil de nom, de visage, de port ;
Il m’est conforme en tout, il est grand, il est fort. Et m’a de sa valeur rendu des témoignages :
Enfin je suis doublé ; doublez aussi mes gages.
AMPHITRYON
Un semblable miracle est trop prodigieux
Pour m’en fier à moins qu’au rapport de mes yeux.
Mais as-tu vu ma femme ?
SOSIE
Ayant fait mon possible Pour me rendre d’abord votre porte accessible, Enfin, rompu de coups, j’ai rebroussé mes pas.
AMPHITRYON
Et qui t’en a chassé ?
SOSIE
Moi, ne vous dis-je pas?
Moi que j’ai rencontré, moi qui suis sur la porte, Moi qui me suis moi-même ajusté de la sorte,
Moi qui me suis chargé d’une grêle de coups,
Ce moi qui m’a parlé, ce moi qui suis chez vous.
AMPHITRYON
Le sommeil t’a surpris, fa montré ton image,
Et ne fa fait qu’en songe accomplir ton voyage.
SOSIE
Non, non, vos propres yeux vous le feront savoir ;
Ce n’est point en dormant que je fais mon devoir : J’ai veillé pour mon mal, j’ai veillé pour ma honte ; Veillant, je me suis vu ; veillant, je vous le conte : Je me suis de cent coups, veillant, froissé les os ;
J’ai veillé malheureux, et trop pour mon repos.
lOS
LES SOSIES
Hâtons-nous, suis mes pas, et m’oblige à te croire, Faisant mes propres yeux témoins de cette histoire.
Par cette vue enfin je resterai confus.
SOSIE
Allons, mais que les coups, s’il se peut, n’en soient plus.
(Ils sortent.)