ACTE IV, SCÈNE VI
MAXIMIN
Il feint comme animé des grâces du baptême.
VALÉRIE
Sa feinte passerait pour la vérité même.
PLANCIEN.
Certes, ou ce spectacle est une vérité,
Ou jamais rien de faux ne fut mieux imité.
GENEST
Et VOUS, chers compagnons de la basse fortune Qui m’a rendu la vie avecque vous commune, Marcelle, et vous, Sergeste, avec qui tant de fois J’ai du Dieu des chrétiens scandalisé les lois,
Si je puis vous prescrire un avis salutaire,
Cruels, adorez-en jusqu’au moindre mystère,
Et cessez d’attacher avec de nouveaux clous Un Dieu qui sur la croix daigne mourir pour vous ; Mon cœur, illuminé d’une grâce céleste...
MARCELLE
Il ne dit pas un mot du couplet qui lui reste.
SERGESTE.
Comment, se préparant avecque tant de soin...
LENTÜLE, regardant derrière la tapisserie.
Holà, qui tient la pièce ?
GENEST
Il n’en est plus besoin.
Dedans cette action, où le Ciel s’intéresse,
Un ange tient la pièce, un ange me redresse; vn ange, par son ordre, a comblé mes souhaits,
Et de l’eau du baptême elfacé mes forfaits.
Ce monde périssable et sa gloire frivole Est une comédie où j’ignorais mon rôle.
J’ignorais de quel feu mon cœur devait brûler ;
Le démon me dictait quand Dieu voulait parler ; Mais, depuis que le soin d’un esprit angélique Me conduit, me redresse et m’apprend ma réplique, J’ai corrigé mon rôle, et le démon confus.
M’en voyant mieux instruit, ne me suggère plus.
J’ai pleuré mes péchés, le Ciel a vu mes larmes ; Dedans cette action il a trouvé des charmes.
M’a départi sa grâce, est mon approbateur.
Me propose des prix, et m’a fait son acteur.
LENTÜLE.
Quoiqu’il manque au sujet, jamais il ne hésite.
SAINT GENEST
GENEST
Dieu m’apprend sur-le-champ ce que je vous récite, Et vous m’entendez mal, si dans cette action Mon rôle passe encor pour une fiction.
DIOCLÉTIEN
Votre désordre enfin force ma patience : Songez-vous que ce jeu se passe en ma présence ? Et puis-je rien comprendre au trouble où je vous voi
GENEST
Excusez-les, Seigneur, la faute en est à moi ;
Mais mon salut dépend de cet illustre crime :
Ce n’est plus Adrien, c’est Genest qui s’exprime ;
Ce jeu n’est plus un jeu, mais une vérité Où par mon action je suis représenté.
Où moi-même, l’objet et l’acteur de moi-même. Purgé de mes forfaits par l’eau du saint baptême, Qu’une céleste main m’a daigné conférer.
Je professe une loi que je dois déclarer.
Écoutez donc. Césars, et vous, troupes romaines,
La gloire et la terreur des puissances humaines, Mais faibles ennemis d’un pouvoir souverain Qui foule aux pieds Torgueil et le sceptre romain : Aveuglé de l’erreur dont l’enfer vous infecte. Comme vous des chrétiens j’ai détesté la secte.
Et si peu que mon art pouvait exécuter.
Tout mon heur consistait à les persécuter :
Pour les fuir et chez vous suivre l’idolâtrie.
J’ai laissé mes parents, j’ai quitté ma patrie.
Et tait choix à dessein d’un art peu glorieux Pour mieux les diffamer et les rendre odieux :
Mais, par une bonté qui n’a point de pareille,
Et par une incroyable et soudaine merveille Dont le pouvoir d’un Dieu peut seul être l’auteur, Je deviens leur rival de leur persécuteur.
Et soumets à la loi que j’ai tant réprouvée Une âme heureusement de tant d’écueils sauvée Au milieu de l’orage où m’exposait le sort.
Un ange par la main m’a conduit dans le port.
M’a fait sur un papier voir mes fautes passées Par l’eau qu’il me versait à l’instant effacées ;
Et cette salutaire et céleste liqueur.
Loin de me refroidir, m’a consumé le cœur.
Je renonce à la haine et déteste l’envie Qui m’a fait des chrétiens persécuter la vie ;
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