LE MEME; MARCELLE, LE GEOLIER
LE GEÔLIER, à Marcelle.
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(Le geôlier sort.)
MARCELLE
Eh bien, Genest, celle ardeur insensée Te dure-t-elle encore, ou t’est-elle passée?
Si lu ne fais pour toi, si le jour ne t’est cher,
Si ton propre intérêt ne te saurait toucher,
Nous osons espérer que le nôtre, possible,
En cette extrémité te sera plus sensible.
Que, t’étant si cruel, tu nous seras plus doux,
El qu’obstiné pour toi, tu fléchiras pour nous : Si tu nous dois chérir, c’est en celle occurrence ; Car, séparés de toi, quelle est notre espérance? Par quel sort pouvons-nous survivre ton trépas? Et que peut plus un corps dont le chef est à bas Ce n’est que de tes jours que dépend notre vie; Nous mourrons tous du coup qui te l’aura ravie; Tu seras seul coupable, et nous tous, en effet,
SAINT GENEST
Serons punis d’im mal que nous n’aurons point fait.
GENEST
Si d’un heureux avis vos esprits sont capables,
Partagez ce forfait, rendez-vous-en coupables.
Et vous reconnaîtrez s’il est un heur plus doux Que la mort, qu’en effet je vous souhaite à tous.
Vous mourriez pour un Dieu dont la bonté suprême, Vous faisant en mourant détruire la mort même,
Ferait l’éternité le prix de ce moment.
Que j’appelle une grâce, et vous un châtiment.
MARCELLE
O ridicule erreur de vanter la puissance
D’un Dieu qui donne aux siens la mort pour récompense I
D’un imposteur, d’un fourbe et d’un crucifié î
Qui l’a mis dans le ciel? qui l’a déifié?
Un nombre d’ignorants et de gens inutiles.
De malheureux, la lie et l’opprobre des villes,
De femmes et d’enfants dont la crédulité S’est forgée à plaisir une divinité,
De gens qui, dépourvus des biens de la fortune,
Trouvant dans leur malheur la lumière importune,
Sous le nom de chrétiens font gloire du trépas Et du mépris des biens qu’ils ne possèdent pas.
Perdent l’ambition en perdant l’espérance.
Et souffrent tout du sort avec indifférence!
De là naît le désordre épars en tant de lieux;
De là naît le mépris et des rois et des dieux,
Que César irrité réprime avec justice
Et qu’il ne peut punir d’un trop rude supplice.
Si je t’ose parler d’un esprit ingénu.
Et si le tien, Genest, ne m’est point inconnu.
D’un abus si grossier tes sens sont incapables ;
Tu te ris du vulgaire et lui laisses ses fables.
Et pour quelque sujet, mais qui nous est caché,
A ce culte nouveau tu te feins attaché.
Peut-être que tu plains ta jeunesse passée.
Par une ingrate cour si mal récompensée :
Si César, en effet, était plus généreux.
Tu l’as assez suivi pour être plus heureux :
Mais dans toutes les cours cette plainte est commune ;
Le mérite bien tard y trouve la fortune ;
Les rois ont ce penser inique et rigoureux
Que, sans nous rien devoir, nous devons tout pour eux.
Et que nos vœux, nos soins, nos loisirs, nos personnes,