SCÈNE II
ALCMÈNE, CÉPHAL1E.
ALCMÈNE
Par quel ordre fatal, ma chère Géphalie,
Faut-il que la douleur aux voluptés s’allie?
Quel important besoin, quelle nécessité Enchaîne ainsi la peine à la prospérité?
C’est la première loi des lois de la nature Qu’ici-has un plaisir s’achète avec usure ;
Aux grands comme aux petits, aux rois comme aux bergers Les maux sont naturels et les biens étrangers.
Je l’éprouve, chétive, et je sais par moi-même Quelles sont les rigueurs de cette loi suprême ;
Moi, dis-je, dont tu vois que les tristes amours Pour une bonne nuit ont tant de mauvais jours ;
Moi, veuve d’un vivant, moi triste et solitaire.
Dont le soleil se couche aussitôt qu’il éclaire.
Tu vois qu’Amphitryon en une même nuit Entre, sort, vient, s’en va, se laisse voir et fuit ;
Sa venue en mes yeux trouve à peine des charmes,
Que sa perte aussitôt y veut trouver des larmes ;
Son retour me ravit; mais ce ravissement Par l’ennui du départ est payé doublement.
GÉPHALIE.
Ce plaisir pour le moins doit soulager vos peines,
Qu’il ramène vainqueur les légions thébaines.
Qu’il a fait une histoire illustre à nos neveux.
Que ses moindres exploits ont surpassé nos vœux,
Que la rébellion laisse nos terres calmes,
Et qu’il revient chargé de lauriers et de palmes :
Ces prix de sa valeur, ces rameaux toujours verts Feront durer son nom autant que l’univers ;
11 a mis sa mémoire au rang des belles choses ;
Il n’a plus à cueillir que des lis et des roses,