FIN DE SAINT GENEST
NOTICE
SUR
Bon Bernard de Cabrère {Wtl) a été édité en 1648, chez Toussaint Quinet, in-4. Imitée de Lope de Vega, cette tragi-comédie est précédée d’une dédicace sous forme d’élégie à Mazarin. « Il peint ici, dit Sainte- Beuve, le don du contretemps, de la mauvaise fortune ou du guignon. C’est un pendant tout piquant et tout romantique au ressort tragique du Fatum des anciens. » En dépit des récits de batailles et d’un sanglant stratagème renouvelé des Grecs ou des Perses, Don Bernard est donc unecomédie, mais une comédie d’intrigue plutôt que de caractère.
Au reste, il ne faut pas se fier à l’étiquette, souvent trompeuse. Au début de sa carrière dramatique, il semble que Rotrou ait pris au sérieux le genre équivoque de la tragi-comédie ; sa première pièce, \ Hypocondriaque^ comme Mélite, la première comédie de Corneille — où Eraste devient fou, mais de remords, il est vrai — repose sur une erreur amoureuse ; et pourtant elle abonde en cris passionnés de l’âme, en réflexions mélancoliques. Mais, dès Cléagénor et Doristée^ le poète semble avoir pris son parti : il s’attache à éblouir le spectateur par l’accumulation d’aventures imprévues, où les travestissements, les reconnaissances et les beaux coups d’épée jouent un trop grand rôle. La tragi-comédie n’est plus qu’un lointain souvenir des romans de chevalerie. Dans V Hypocondriaque même apparaît le chevalier errant, redresseur de torts et vengeur des opprimés. Eristhène et Lisidor, qui outragent Gléonice, tombent sous les coups de Cloridan. Cléagénor, à qui un lâche rival a violemment enlevé Doristée, fait le serment de ne reposer ni jour ni nuit avant de l’avoir sauvée, et refuse même de s’arrêter chez un ami.
De même que la Sœur, d’un côté. Saint Genest et Venceslas de l’autre, marquent la fin de la période de tâtonnements pour la comédie et la tragédie, de même Don Bernard de Cabrère^ après Laure persécutée, marque le point de perfection relative où la tragi-comédie peut s’élever par elle-même, C’est asse? jpour les faire vivrct lilors même flu’oq
oublierait qu’à l’époque où Rotrou les écrivait, l’histoire rassemblait beaucoup au roman, et le roman à l’histoire.
Les autres tragi-comédies de Rotrou, sont : V Hypocondriaque ou le Mort amoureux (1628-1631), dédié au comte de Soissons. Dans ce premier essai, selon M. Ed. Fournier, Rotrou s’inspire d’une vieille farce du seizième siècle, que Garmontelle devait plus tard reprendre pour un de ses meilleurs proverbes. — Cléagénor etDoristée (1630-1634 et 1635); la première édition est anonyme, la seconde est dédiée au comte de Belin. — Les Occasions perdues dédiées à la comtesse de
Soissons. Rotrou imite Lope de Vega, et est imité à son tour par Marivaux, dans le Prince travesti. — U Heureuse constance (1G32-1636), dédiée à la reine, — V Heureux naufrage (1634-1637), imité de VAstrée. — Ceùane (1634-1637), dédiée à la marquise de Pezé. — La Pèlerine amoureuse (1634-1637), dont le sujet est analogue à celui des Folies amoureuses^ de Regnard. — Agésilan de Colchos (1635-1637), dédié à madame de Combalet, et imité de YAmadis. — UInnocente infidélité (1635-1637).— Amélie (1636-1638), dédiée à la princesse Marie. — deux Pucelles (1636-1639), imitée de la Nouvelle de Cervantes, Los dos doncellas^ et dédiée à mademoiselle de Longueville. C’est l’origine trop visible de la première pièce de Quinault, les Rivales. — Célie ou le vice-roi de Naples (1645-1646).