ACTE T, SCÈNE IV
LE COMTE, le faisant retirer.
Le roi lit; attendez.
DON PÈDRE, lit.
« Ne souillez point, grand roi, les glorieuses marques « Qui sur le reste des monarques « Font briller Votre Majesté « Par une passion à son repos tatale (( D’un indigne attentat de votre âme royale « Sur mon honnêteté.
J’ai trop longtemps souffert à vos ardeurs passées « Ces frivoles écrits porteurs de vos pensées;
« Ne m’en honorez plus;
« Ou, me continuant cet honneur qui m’offense,
« Ne vous offensez pas ou d’un juste silence « Ou d’un libre refus. »
O rigueur humaine ! ô beauté tyrannique,
Qui, causant mon amour, défends qu’elle s’explique ! Beau, mais funeste écueil, insensible rocher !
LÂZARiLLE, à don Lope*
Allez.
LE COMTE, à don Eopo.
Il ne lit plus, vous pouvez approcher.
DON LOPE
Enfin tu seras lasse, ô cruelle Fortune,
De me persécuter et de m’être importune.
Prince, amour des climats où vous donnez la loi,
Et de vos ennemis la terreur et l’effroi.
Si Votre Majesté doit trouver quelques charmes Au fidèle récit du succès de ses armes.
J’ose, satisfaisant à ma commission.
Me promettre l’honneur de son attention.
DON PÈDRE, après avoir lu quelques mots.
Et vantons, orgueilleux, les droits d’une couronne Et le faux ascendant que son éclat nous donne. Pourrais-je obtenir moins dessous un nom privé Qu’en ce grade éminent où je suis élevé?
Une ingrate sujette à ce point me dédaigne !
DON LOPE
L’état où don Bernard a réduit la Sardaigne Fera trembler l'Europe, et de votre fureur Aux lieux plus écartés sèmera la terreur.
DON PÊD«E, lisant.
Ne m’en honorez plus.
« Ou, me continuant cet honneur qui m’offeqse,
(( Ne VOUS offensez pas ou d’un juste silence « Ou d’un libre refus. »
Traiter de ces froideurs le feu qui me dévore,
Moi son prince, son roi, mais son roi qui l’adore !
DON LOPE
Quand l’appareil fut prêt, et que de vos vaisseaux Don Bernard eut couvert l’humide sein des eaux,
Les vents en même instant furent sans violence,
Et volontairement s’imposèrent silence ;
La mer avec respect porta ce grand fardeau Qui des Sardes allait la faire le tombeau.
DON PÈDRE, à part.
Mais, ô trouble frivole et vaine rêverie !
Amoureux, je puis craindre, et, monarque, je prie! J’aime, et puis observer ces respects superflus!
Qui, pouvant tout, demande, est digne du refus.
DON LOPE
L’air et la mer enfin, comme vos tributaires,
Prirent votre parti contre vos adversaires.
DON PEDRE, à part.
Mais au trouble importun dont j’étais diverti,
N’ayant rien entendu, je n’ai rien reparti.
Cette distraction est un défaut aux princes,
Qui doivent toujours mettre au bien de leurs provinces Leur plus présent objet et leur soin le plus haut. Rappelons notre esprit, et couvrons ce défaut.
(A don Lope.)
Je songe à prévenir le siège qui s’apprête ;
Si vous m’avez servi, dressez votre requête :
J’en verrai le mérite, et j’aurai soin de vous.
LAZARILLE
De nos astres enfin nous vaincrons le courroux.
(Don Lope et Lazarille sortent.)