‹ Théâtre choisiChapitre 241 sur 375 · LÉONOR, DON PÈDRE, LE COMTE, PÉREZ, GARDES · texte numérisé non relu

LÉONOR, DON PÈDRE, LE COMTE, PÉREZ, GARDES

DON PÈDRE, relevant Léonor, qui, en entrant, fait un faux pas.

Hé, Madame !

(Il laisse tomber la requête.)

LEONOR

Seigneur, c’est un bonheur pour moi Qu’ayant à choir, ma chute arrive aux pieds du roi. Dont le rang me prescrit l’état où je me treuve.

DON PÈDRE

C’est de votre mérite une infaillible preuve.

Que, pour vous relever et servir au besoin,

A mes mains la fortune en ait commis le soin.

Oui, Madame, ce soin tombe en des mains puissantes, Capables de remplir et passer vos attentes,

Qui vous peuvent donner un rang qui vous défaut.

Et ne relèvent point sans élever bien haut.

LÉONOR

Que puis-je désormais craindre de la fortune.

Si, me terrassant même, elle m’est opportune ;

Si ma chute m’élève, et si choir est un saut Pour me rendre plus ferme et m’élever plus haut? C’est d’un bonheur insigne une preuve constante.

DON PÈDRE

Où s’adressent VOS pas?

LÉONOR

Je passais chez l’infante.

DON PÈDRE

Je vous y rends.

LÉONOR

Seigneur !

Accordez-moi ce point.

Mandez des cruautés, mais n’en exercez point. Rebutez, méprisez, tuez dans une lettre ;

Mais, présente, souffrez ce qui se peut permettre.

Et ne refusez pas une civilité.

LÉONOR

Si j’osais remontrer à Votre Majesté,

Qu’à quelque si haut point que sa bonté m’oblige. Il m’est de conséquence, étant...

DON PÈDRE

Allons, vous dis-je.

Souffrez que je vous rende en son appartement.

Et là nous en viendrons sur l’éclaircissement.

(Il sort avec Léonor, le comte et ses gardes.)

LAZâRILLE, à don Lope.

Qu’attendons-nous encor, malheureux que nous sommes J’ai bien vu du pays, j’ai bien connu des hommes;

Mais je n’en ai point vu que le ciel en courroux Rende par leur malheur si célèbres que nous ;

Et vous deviendrez grand, vanité ridicule !

Vous pourriez être un Mars, un César, un Hercule,

Que le sort enragé qui talonne vos pas Vous heurterait encore, et ne vous rirait pas.

Sa rigueur en effet m’oppose tant d’obstacles Que pour les vaincre tous il faudrait des miracles.

Mais le roi peut entrer, attendons son retour.

LAZARILLE

Oh! l’importun métier que celui de la cour!

(Il trouve la requête, et la ramasse.)

Qu’est ceci ? quelque trait encor de la fortune î

DON LOPE

Qu’est-ce ?

LAZARILLE, lisant.

« Requête au roi de don Lope de Lune... »

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