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ACTE II, SCÈNE I

Et votre âme est prophète en ses pressentiments !

De grands effets suivront vos nobles mouvements ! Vous pouvez, sur l’espoir que don Bernard vous donne, Prétendre à des degrés proches de la couronne !

Vous êtes fort avant dedans l’esprit du roi !

Vous ne pouvez manquer d’un honorable emploi !

Pour vous seul désormais les astres s’intéressent !

Oh ! de combien de vent les hommes se repaissent ! Tenez, votre requête a fait un grand efïet,

Et vous avez raison d’être fort satisfait :

Elle a des pieds du prince essuyé la poussière.

DON LOPE

Dieu ! jamais désespoir eut-il tant de matière ?

Don Bernard, qui peut tout, en vain me veut du bien ; Ma valeur sert l’Etat, et ne me produit rien ;

Ma parole est soufferte, et n’est point écoutée ;

Ma requête est reçue, et puis est rejetée;

J’ai toujours lieu d’espoir, jamais d’événement ;

Tout me rit, tout me flatte, et toujours vainement.

La fortune nous traite avec trop d’injustice Pour nous promettre plus de vaincre son caprice.

Ne nous obstinons plus en une ingrate cour ;

Puisque Cabrère arrive, attendons son retour.

Mais, sans plus nous flatter d’une espérance vaine, Sans que mes intérêts lui coûtent plus de peine,

(Déchirant la requête.)

ï^ayons son amitié seulement d’un adieu.

Et fuyons pour jamais de ce funeste lieu.

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