SCÈNE I
DON BERNARD, DON LOPE, LAZARILLE
DON BERNARD
Quoi ! ce grand cœur s’ébranle, et don Lope de Lune Veut tourner lâchement le dos à la fortune,
Et parmi ses exploits laissera raconter
Qu’il est un ennemi qu’il a pu redouter !
DON LOPE
Après une si longue et si triste aventure,
Après tant de malheurs et de cette nature,
Après tant de revers, de rebuts, de mépris.
Capables de lasser les plus fermes esprits.
Quand je ne croirais pas mon malheur invincible.
Je serais insensé, si j’étais insensible.
DON BERNARD
Comme les souverains n’ont pas des droits communs, Ils veulent quelquefois des devoirs importuns.
Et, moins par nos effets que par notre constance.
De nos affections éprouvent l’importance :
Tel, que la cour rebute ou ne caresse pas.
Souvent mal à propos se lasse au dernier pas,
Et, sans la lâcheté de retourner arrière,
Trouvait une couronne au bout de sa carrière.
Je sais que le destin, qui dispense les rangs,
Tient pour nous les donner des moyens differents.
Par des chemins divers élève aux grandes choses.
Et les sème à son gré d’épines ou de roses ;
Je sais que, par un heur qui ne se conçoit pas.
Pour arriver si haut je n’ai pas fait un pas.
Et que tout mon crédit et toute ma puissance Ne sont qu’un simple effet de mon obéissance.
Que je méritais moins que vous ne méritez.
Et qu’on m’a tout donné ce que vous achetez.
Mais ce même destin dont l’aveugle caprice Me fait tant de faveur, à vous tant d’injustice.
Peut, de la môme main dont il m’a fait monter,
Et vous mettre en ma place et m’en précipiter.
De ma part soyez sûr d’une ardeur sans pareille.
Et qu’au point où du roi je possède l’oreille.
Pour peu que sa bonté réponde à mes souhaits.
Mes soins vous produiront d’infaillibles succès.
DON LOPE
Quelques traits si perçants dont la douleur me touche. Avec cette bonté vous me fermez la bouche.
Et je tiendrai l’honneur de votre affection Pour le plus digne objet de mon ambition,
Au reste, de quel œii voyez-vous Violante ?
DON LOPE
Ce nom m’est inconnu.