ACTE II, SCÈNE III
DON BERNARD
O ciel !
DON PÈDRE
Joignez aux miens ces invincibles bras,
Qui par tant de travaux et par tant de combats Ont si bien soutenu le faix de mon empire.
DON BERNARD
A ma confusion ils sont plus chargés, Sire,
Du faix de vos bienfaits que du faix des lauriers Que vous ont moissonnés vos illustres guerriers : Bien plus qu’eux et que moi, votre nom est la foudre Qui tonne, étonne, frappe et réduit tout en poudre : Don Pèdre seul, alisent, porte plus de terreur Que de nos bras présents la plus chaude fureur ;
Et par votre faveur, tant de fois confirmée.
Vous me payez les prix de votre renommée,
Et me reconnaissez de vos propres exploits.
Puisque votre seul bruit range tout sous vos lois.
DON PÈDRE
Faisons qu’avec le temps l’Aragon puisse apprendre Qui de nous saura mieux ou recevoir ou rendre.
Et qui d’affection aura mieux combattu :
Je ne me lasserai qu’après votre vertu.
Et de ce seul combat vous en virai la gloire :
De celui de Sardaigne apprenez-moi l’histoire. Donnez un siège au comte.
DON BERNARD
A peine vos vaisseaux,
Déradés, traversaient le vaste champ des eaux.
Que les vents ennemis de cette humide plaine,
Selon notre besoin mesurant leur haleine,
D’irrités qu’ils étaient aussitôt apaisés.
Firent voir le respect que vous leur imposez.
Cette sèche forêt eut enfin de Neptune L’inconstante faveur à tel point opportune Qu’avec un seul soleil, une nuit seulement Vit et notre arrivée et notre embarquement :
L’aurore allait sortir quand je fis prendre terre A ces Mars espagnols, ces démons de la guerre, Fléaux des attentats et des rébellions.
Que fhonneur d’être à vous rend autant de lions. Comme fardeur peut tout, jointe à fintelligence.
Le temps fut ménagé par tant de diligence Qu’on découvrit le camp et les murs enneipis.
Avant qu’un vent de flamme en eût porté l’avis,
Et que de notre abord Calaris avertie
Pût, où nous prîmes port, faire aucune sortie.
Nül ne gardait l’accès de ces perfides murs ;
Mais, pour être déserts, les champs n’étaient pas sûrs ; Car cette ingrate ville, en ruses trop experte.
Avait d’arbres couchés la campagne couverte,
Et parsemé de clous les chernips d’alentour.
Qui nous firent besoin et d’adresse et de jour.
L’un et l’autre à la fin, nous aidant le passage.
Après un long travail du piège nous dégage.
Et, suivant un sentier qui descend d’un coteau,
A son pied verdissant nous trouvons un ruisseau Dont le trouble cristal, qui sortait d’une roche.
De gens qui le foulaient nous fit juger l’approche :
Là, chacun attentif, considérant les lieux,
Un brillant escadron se présente à nos yeux.
Dont le maintien superbe et le riche équipage.
Loin de nous étonner, nous enfle le courage.
Nous fait sauter de joie, et nqus promet le fruit Du pénible travail de l’onde et de la nuit :
Il n’est soldat si las à qui le cœur ne vole.
Et qui n’ait la vigueur comme l’âme espagnole;
Et presque en un instant tous nos rangs disposés Séparent les trois corps dont ils sont composés.
DON PÈDRE, à part.
En vain, dans cet excès de gloire et d’allégresse.
Je tâche à résister au sommeil qui me presse.
(il s’endort.)
DON BERNARD
L’escadron reconnu, lorque pour l’investir Notre avant-garde enfin commença de partir.
Au même instant des arcs de ce peuple rebelle Nous vîmes dessus nous fondre une épaisse grêle.
Qui, tant que put durer un choc si violent,
A leur témérité fut un rempart volant :
Il semble à cet effort que nos rangs se séparent ;
Mais, leurs traits épuisés, nos forces se déclarent,
Et nous fondons sur eux plus prompts que les éclairs Ne nous frappent la vue et ne percent les airs :
Le plus hardi s’effraie à ces vives alarmes ;
Rien ne résiste plus au torrent de nos armes.
Et nous pavons le champ d’un mélange confus De bras, de pieds, de corps, d’arcs, de traits et d’écus.