ACTE II, SCÈNE III
Ceux enfin que la fuite a sauvés de Forage A leur ville alarmée annoncent ce naufrage :
On s’y prépare au siège, on en munit le fort,
Et la rébellion tente un dernier effort.
Mais, Sire, ce héros, ce prodige incroyable,
(Montrant don Lope.)
Admirable aux vainqueurs, aux vaincus effroyable.
Des siècles à venir futur étonnement.
Et de celui qui court la gloire et l’ornement,
Pour tout comprendre enfin, le grand Lope de Lune, Par une invention fameuse et non commune Qu’un Grec tenta jadis sur l’empire latin,
A rendu vain l’effort de ce peuple mutin :
Il se tire du camp, s’étant avec courage Découpé d’un poignard le sein et le visage.
Et, dessus un coureur, qu’il rend presque aux aboiS;
A leurs murs arrivé, s’écrie à haute voix :
« Si chez vous la vertu peut trouver quelque asile,
« O Sardes généreux ! ouvrez-moi votre ville.
« Si l’homme encor pour l’homme a quelque humanité, « Sauvez-moi d’un tyran et de sa cruauté. »
Ou ouvre à sa requête ; il obtient audience,
Et sur l’esprit de tous gagne tant de créance Qu’à la tête souvent de cinq ou six d’entre eux.
Nous venant faire au camp des défis généreux.
En différentes fois il se fît des plus braves.
Par notre intel ig nce, un tel nombre d’esclaves,
Qu’enfîn tous junits ensemble, et s’étant par moyens Pratiqué le secours de quelques citoyens Par qui de ce secret je reçus le message.
Dans les murs ennemis ils se firent passage,
Et don Lope s’acquit un renom glorieux Qui fait revivre en lui l’éclat de ses aïeux.
DOJN PÈDRK, à part, en s’éveillant.
Que dira don Bernard d’un si profond silence ?
De ce fâcheux sommeil forçons la violence.
Et prêtons mieux l’oreille au récit des combats De qui si dignement nous a prêté le bras.
DON BERNARD
Don Raimond de Moncade a dans cette victoire Par des fait inouïs éternisé sa gloire.
Et mérite...
DON PÈDRE
Orista,n est son gouvernement.
DON BERNARD
Le duc de Ribagorce a servi dignement,
Et d’un cœur indompté signalé sa vaillance.
DON PÈDRE
Sassaris et Sora seront sa récompense.
DON BERNARD
Don Nugne à notre espoir fut un notable appui,
Et d’un bras généreux...
DON PÈDRE
Calaris est pour lui.
Et vous, restaurateur de la gloire publique,
Je vous fais duc de Vas et comte de Modique.
DON BERNARD
De si hauts rangs, Seigneur, pour un sujet si bas ! Semez avec les mains, et ne répandez pas :
Votre profusion, en me chargeant, m’accable.
Et d’un si lourd fardeau ma force est incapable.
DON PÈDRE
Ce prix me laisse encor la qualité d’ingrat.
Et charge peu le bras qui soutient tout l’État.
Achevons votre cour, et passons chez l’infante.
Où nous consulterons d’une affaire importante Pour qui votre retour nous arrive à propos.
Et qui ne peut encor vous souffrir de repos.
(Ils sortent tous, excepté don Lope et Lazarille.) LAZARILLE, à (’on Lope.
Vous aviez bien raison d’attendre sa venue :
Voilà votre vertu dignement reconnue.
Votre crédit est grand, on vous voit de bon œil.
Et le roi vous a fait un favorable accueil.
Don Bernard...
DON LOPE
Que veux-tu ? ma raison elle-même S’égare et m’abandonne en ce malheur extrême.
Non, tu n’es point pour moi, dure fatalité.
Fille, comme on te croit, de la nécessité :
Elle n’établit point ton ordre inévitable;
Par ton propre dessein tu nous es redoutable;
Ma disgrâce n’est plus un caprice du sort ;
Tu ne me heurtes point par un aveugle effort;
Une haine immortelle, une invincible rage.
Un dessein déclaré t’obstine à cet outrage :
En vain par tant d’exploits je m’acquiers tant de bruit A (|ui tù veux du mal tout travail est saps fruit,