SCÈNE I
DON PÈDRE, LE COMTE, LÉONOR, gardes.
LÉONOR
Sire, si cette amour dont vous m’avez flattée,
Qu’à ma confusion j’ai si peu méritée,
Quoique sans intérêt, a quelque vérité,
J’en demande une preuve à Votre Majesté.
DON PÈDRE
D’un droit plus absolu sur moi que sur vous-même, Sans réserve exercez votre pouvoir suprême ; N’employez à votre aide autre que votre soin.
Et faites-vous le bien dont vous avez besoin.
Vous verrez en effet si cette amour vous flatte;
Je ferai vanité d’obliger une ingrate.
Et de persuader un insensible objet Qu’encor que souverain je l’adore en sujet,
N’ose nourrir pour lui de flamme intéressée.
Ni jusqu’à vos faveurs élever ma pensée.
D’un souverain empire accomplissez vos vœux.
Et dites seulement: Je commande et je veux. Vous-même exaucez-vous.
LÉONOR
Vous agréerez donc. Sire, Qu’en faveur de Pérez j’exerce cet empire.
(Au comte.)
Comte, du secrétaire allez briser les fers :
C’est par mon ordre, allez.
LE COMTE
Madame, je vous sers.
(Il sort.)
DON PÈDRE
J’ai peine à concevoir quelle humeur inégale.
Vous faisant maltraiter une flamme royale.
Vous fait prendre intérêt en l’amour d’un vassal.
LÉONOR
Je comprends beaucoup moins votre esprit inégal