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ACTE IV, SCENE I

Qui, ne vous souffrant point de flamme intéressée,

Et dans ce grand respect restreignant sa pensée, S’ombrage toutefois d’un acte de pitié,

Non pas de mon amour, mais de mon amitié.

DON PÈDRE

Par quel orgueil peut-on mériter votre haine.

Si l’amitié vous fait lui remettre sa peine,

A lui que j’ai surpris vous traçant son amour,

Que sa main insolente osait bien mettre au jour?

Et votre autorité protège son audace.

Après qu’à don Bernard j’ai refusé sa grâce !

LÉONOR

Sa naissance. Seigneur, et sa condition Justifieront toujours mon inclination ;

Et, croyant proposer un soupçon légitime.

Vous auriez mal assis l’honneur de votre estime. C’est une peur aussi qui ne me peut frapper.

Et je prends peu de peine à vous en détromper.

DON PÈDRE

Ce n’est pas d’à présent, insensible, inhumaine.

Que pour mes intérêts vous prenez peu de peine.

Et que de vos rigueurs mon esprit combattu Est forcé d’^exercer une austère vertu.

LÉONOR

Qui peut impunément prendre toute licence Doit d’autant moins vouloir qu’il a plus de puissance. Et n’acquiert tous les vœux qu’en modérant les siens : Se posséder soi-même est le plus grand des biens. Aux rois non plus qu’à nous tout n’est pas légitime.

DON PÈDRE

0 raison incommode, importune maxime.

Qui, disposant de nous, faites d’un potentat Moins un prince absolu qu’un serf de son État,

Si vous ne permettez à des mains souveraines Un libre attachement et le choix de leurs chaînes , Quel est donc notre empire, et par quelles rigueurs Faut-il former des vœux où répugnent nos cœurs ?

LÉONOR

Aussi bien que l’État l’honneur a ses maximes.

Qui font sans notre hymen nos vœux illégitimes,

Ët l’inégalité de nos conditions N’admet ni notre hymen, ni nos affections.

DON PÈDRE

Ainsi donc que le mal, donnez la médecine;

Pour en couper le cours, coupez-en la racine,

Et, dans l’inquiétude où je languis pour vous, Réprimez mes souhaits par le choix d’un époux :

Pour m’ôter tout l’espoir pour qui mon cœur soupire, Faites un possesseur des faveurs où j’aspire;

Faites un homme heureux : si quelqu’un dans ma cour A des conditions dignes de votre amour.

Quelque haute splendeur dont l’éclat l’environne ,

En quelque illustre emploi qu’il serve ma couronne. Quoi qu’il possède enfin capable de charmer,

11 ne vous coûtera qu’un souhait à former.

Et mon mal de son bien tirera son remède.

LÉONOR

11 n’est point de faveur que cette offre n’excède.

Et, puisqu’il m’est permis de choisir mon vainqueur, J’ose me déclarer et vous ouvrir mon cœur :

Le vol, quoique élevé, que mon amour se donne N’a point pour but un front chargé d’une couronne , Mais un bras qui vous sert et qui s’en peut donner, Quand son ambition le voudra couronner.

Un qui veut bien dépendre, et, vassal volontaire,

Sous le joug de vos lois tient le sort tributaire :

Lui seul, si quelque objet peut sur ma liberté Prétendre quelque atteinte ou quelque autorité.

De ce léger honneur peut flatter son attente.

DON PÈDRE

Nommez-le donc.

LÉONOR

Son nom est... Mais voici l’infante.

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