SCÈNE III
LES MÊMES ; DON BEBNARD avec le bâton de général, DON LOPE, LAZARÏLLE, soldats.
DON LOPE, bas à don Bernard.
Quelque part que mon bras ait en votre victoire.
Des menaces de roi conservez la mémoire.
Et taisez-lui mon nom au récit du combat.
DON BERNARD
Je parlerai de vous sous le nom de soldat.
DON PÈDRE, l’embrassant.
Quoi ! c’est vous, duc d’Alcale, honneur de ma province, Glorieux compagnon des soins de votre prince !
Votre retour surprend, et pour vous les instants,
En gloire si féconds, font l’office des ans.
Je dois aux actions dont votre histoire est pleine Un triomphe au-dessus de la pompe romaine :
Mais, attendant ce prix de vos exploits vainqueurs, Commencez par celui des esprits et des cœurs.
Et lisez sur les fronts l’allégresse publique Dont en votre faveur toute la cour s’explique.
Possédez votre gloire, et cependant comptez Albe, Urgel et Vénosque entre vos qualités.
DON BERNARD
Ah ! Sire, à vos bienfaits imposez des limites.
DON PÈDRE
Ils n'en auront jamais, non plus que vos mérites. Apprenez-nous enfin le plus grand des exploits Qui me font le plus grand et le plus craint des rois.
DON BERNARD
Sitôt que j’eus rejoint vos légions fidèles,
Dégouttantes encor du sang de vos rebelles.
Et les cœurs encor pleins des nobles sentiments Qui portent aux progrès des grands événements.
Ce grand corps pour son chef au travail insensible.
Cet invincible bras d’un monarque invincible,
Marche sous le pouvoir que vous m’aviez commis.
Et brûle de se rendre au camp des ennemis :
Nous marchons jusqu’au point que de ses voiles sombres La nuit sur l’univers vient étendre les ombres,
Et que deux espions, surpris à Laugarez,
M’apprirent, effrayés, que l’armée était près.
A ce bruit épandu le sang bout, le cœur vole ;
Nous trouvons en la nuit un obstacle frivole ;
Nous marchons sans broncher dans les plus sombres lieux, Pour y guider nos pas nos cœurs nous servent d’yeux,
Et l’ardeur qui conduit nos armes invincibles
Craint d’autant moins les coups qu’ils seront moins visibles:
Enfin, dans le silence et l’ombre de la nuit.
Par un taillis épais nos rangs filant sans bruit.
Et de tous les côtés chacun prêtant l’oreille.
Dans ce calme profond un bruit sourd nous réveille.
Que du commencement nous ne distinguons pas.
Mais qui s’élève enfin et croît à chaque pas.
On fait halte, et la doute est bientôt confirmée :
Nous discernons au bruit la marche de l’armée ;
Je cueille les avis en ce besoin instant.
Autant à notre honneur qu’à l’État important.
Et, le dessein formé, fais donner les alarmes Par un son de tambours, de trompettes et d’armes, Capable par son bruit d’exciter tant d’horreur Que parmi tout le camp il jette la terreur:
Pendant qu’il délibère au coup de ce tonnerre.
Dans un canton du bois le nôtre se resserre.
Et chacun, mais toujours par le soin que j’en prends,
En état de donner, s’y couche dans ses rangs :
Sur ce temps un soldat de mérite et de marque.
Pour qui j’aurais besoin, ô généreux monarque.
De toute l’éloquence et de toutes les voix