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ACTE IV, SCÈNE III

Dont le sénat romain retentit autrefois Et que Fantiquité donne à la renommée,

Tirant un camp volant du gros de notre armée, Descend une colline, et d’un cœur indompté,

Favorisé des lieux et de l’obscurité.

Par un sentier secret se jette où l’adversaire Dessus cette surprise, effrayé, délibère :

Il lâche après le pied, recule en combattant,

Feint de faire retraite, et retourne à l’instant,

Suit enfin si longtemps ce généreux caprice.

Et donne aux ennemis un si long exercice.

Que les plus aguerris et les plus gens de cœur Perdent en ce travail leur plus mâle vigueur^ Pendant que dans le bois, à l’abri de Forage,

Des nôtres reposants la force se ménage.

* DON PÈDRE, à part.

Sous ce nom de soldat il parle de ses faits.

Et veut, taisant le sien, s’épargner mes bienfaits.

DON BERNARD

A peine de la nuit le jour tirait les voiles,

Et de ses traits dorés faisait fuir les étoiles,

Que nos gens, rejoignant ce généreux soldat. Délassés, frais, dispos et brûlant du combat.

Ont paru dans la plaine et fait voir sur leur face Aux ennemis tremblants leur martiale audace.

Les deux camps approchés, enfin ce jeune Mars S’étant saisi d’ardeur d’un de nos étendards,

Pour exciter encor nos vigueurs raffermies,

Le lançant dans les rangs des troupes ennemies :

« Retirons, a-t-il dit, cœurs nobles et vaillants,

« Les drapeaux d’Aragon des mains des Castillans;

« Donnons, mes compagnons. » A ce mot, il s’avance Le cimeterre en main comme un foudre s’élance.

Et, sans rien redouter, passant de rang en rang,

A tout le camp qui suit fraie un chemin de sang : Tout l’obstacle où nos bras lancent notre tonnerre Contre notre valeur ne semble que du verre.

A ce choc, l’ennemi, déjà demi détruit Par l’incommodité du travail de la nuit.

Défend si faiblement et sa vie et sa gloire Qu’il semble, hors d’espoir, négliger la victoire,

Et nous vouloir ôter, prévoyant son malheur,

La gloire que l’obstacle apporte à la valeur.

Ce noble cœur enfin, pour presser sa conquête.

Du premier qu’il rencontre ayant tranché la tête,

Et l’exposant en vue à tous les deux partis :

« Le ciel, dit-il, est juste et nous a garantis;

« Ce bras de don Carlos vient d’expier l’audace. »

Le sang des ennemis à ce discours se glace.

Et les plus fiers, du sort détestant la rigueur,

A peine pour la fuite ont assez de vigueur.

Tout nous fait jour, tout ploie, et, par ce stratagème. Notre victoire arrive à sa gloire suprême.

Je n’ose vous nommer ce démon des combats ;

Mais je le nomme assez en ne le nommant pas,

Et n’en puis mieux parler que par la violence Qui me ferme la bouche et m’oblige au silence.

DON PÈDRE, à Violante.

C’est assez le nommer que de taire son nom.

VIOLANTE

Certes, sa modestie est sans comparaison.

LÉONOR, à part.

O vainqueur fortuné que le Ciel me destine.

Que ne peut point ton bras, si ton œil assassine !

DON PÈDRE

Ce que vous avez dit, et que vous avez tu.

M’apprend de ce soldat le nom et la vertu,

Et mon faible pouvoir sait trop à quoi l’invite L’inestimable excès d’un si rare mérite.

VIOLANTE, à part.

Mon cœur est le seul prix digne de sa valeur.

DON LOPE, à Lazarille.

Ma patience enfin lassera mon malheur.

LAZARILLE

Ménagez donc le temps et vous faites connaître,

DON LOPE

Attendons que le roi m’ordonne de paraître.

DON BERNARD

Don Nugne et don Bernard, en ce dernier combat.

De leur zèle ordinaire ont servi votre État,

Et peu dans cette histoire ont mieux gagné leur place.

DON PÈDRE

Deux comtés leur seront des arrhes de ma grâce.

Mais je cherche, amiral, et ne vois point de quoi M’acquitter envers vous de ce que je vous doi.

DON BERNARD

Sans plus rêver. Seigneur, ce penser vous acquitte.

Que de l’heur d’être à vous dépend tout mon mérite;

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