DOROTHÉE, DON LOPE, LAZARILLE
DOROTHÉE
Quoi ! don Lope, une ardeur si sensible Rencontre-t-elle en vous une âme inaccessible?
Je croyais qu’en amour traiter si froidement Ne fût une vertu que pour nous seulement.
Quel rôle joûrons-nous, chétives que nous sommes,
Si la rigueur devient la qualité des hommes,
S’ils refusent des vœux à des vœux mutuels?
Vraiment il vous sied bien de faire les cruels.
Et vouloir vous mêler de notre personnage.
Vous que le Ciel n’a faits que pour nous rendre hommage, Que pour ployer le cou sous notre autorité,
Et nous faire tribut de votre liberté !
DON LOPE
11 paraît, par Taccueil que m’a fait Violante,
Que cette qualité me serait messéan te.
Et Ton redoute peu la rigueur d’un amant Qu’on ne daigne honorer d’un regard seulement.
DOROTHÉE
Qui manque un rendez-vous fait bien voir qu’il néglige Les plus chères faveurs dont une amante oblige.
DON LOPE
J’ai différé d’un soir les offres de mes vœux Pour l’aller mériter par un exploit fameux.
Et, signalant mon nom en ce combat insigne.
N’ai manqué de la voir que pour m’en rendre digne.
DOROTHÉE
Je sais bien que l’amour marche après le devoir :
Votre excuse est de mise et se peut recevoir;
Mais, pour tout réparer et voir si l’on vous aime,
Venez ce soir au parc la proposer vous-même.
Est-ce vous témoigner un cœur assez épris,
Qu’avec une faveur châtier un mépris ?
Au reste, cette amour tendant à l’hyménée.
Jugez de la grandeur qui vous est destinée.
Puis-je, si malheureux, n’avoir pas pour suspect D’un astre si malin ce favorable aspect ?
DOROTHEE.
Elle a ce seul regret de n’être pas pourvue De toute la beauté qui peut charmer la vue.
DON LOPE
Quel plus divin objet peut enchanter les sens?
DOROTHÉE
Et de voir que déjà l’avare faux du temps Ait de ses plus beaux jours ravi quelque partie.