‹ Théâtre choisiChapitre 271 sur 375 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

DON BERNARD, DON LOPE

DON BERNARD

J’admire, mon cher Lope (et cet étonnement Me laisse sans discours et sans raisonnement).

Le courroux obstiné dont le ciel vous outrage.

Et sa lenteur extrême à vous tourner visage.

Le roi...

DON LOPE

Quelque malheur dont je sois combattu.

Un fort espoir renaît à ma faible vertu :

Ensuite de mes maux dont le torrent s’écoule,

Les biens semblent comme eux me venir tout en foule : Ce Ciel, qui me semblait même plaindre le jour, S’épuise en ma faveur par les mains de l’amour. Pardonnez, amiral, si mon trop long silence Vous a de ce beau mal caché la violence.

Puisque je croyais moins, par ma discrétion,

Vous taire un juste espoir qu’une présomption:

Mais, pouvant aujourd’hui fonder cette espérance Sur une trop solide et trop claire apparence,

Je vous dois révéler cet important secret Que je ne puis verser dans un sein plus discret.

Mais, craignant d’éventer une si belle flamme,

Cherchons un lieu plus propre à vous ouvrir mon âme Et pouvoir modérer par vos sages avis Le transport surprenant dont mes sens sont ravis.

DON BERNARD

J’ai bien cru que du ciel la justice future Vous devrait réserver quelque haute aventure.

Et que ses jugements, aussi sages que saints.

Sous de si grands malheurs cachaient de grands desseins.

Page 1