ACTE II, SCÈNE III
ALCMÈNE
Je reçus et rendis le salut ordinaire.
AMPHITRYON
J’ai peur d’avoir tant fait qu’il m’en doive déplaire. Mais continue : après ?
ALCMÈNE
J’appris de vous enfin Des contraires partis le contraire destin,
Et comme sous Créon toute la terre tremble...
AMPHITRYON
Lors?
ALCMÈNE
Il fallut manger, nous lavâmes ensemble.
AMPHITRYON
Et puis?
Nous prîmes place où le couvert fut mis.
AMPHITRYON
Tout cela m’est suspect : nous étions trop amis. Enfin, après souper?
ALCMÈNE
Fatigué du voyage...
AMPHITRYON
Je crains, et justement, d’en savoir davantage.
ALCMÈNE
Vous vous mîtes au lit.
AMPHITRYON
Je tremble. Achève ; après?
ALCMÈNE
J’en usai comme vous, et vous suivis de près.
AMPHITRYON
Où? c’est ici le point que surtout j’appréhende.
ALCMÈNE
Auprès de vous. Pourquoi ? quelle est cette demande ?
AMPHITRYON
Comment ! en même lit ?
ALCMÈNE
Avec la liberté Qu’une pudique femme a de l’honnêteté.
Et par la loi d’hymen, immuable et sacrée.
Qui m’y donne ma place et m’en permet l’entrée.
AMPHITRYON
O malheur 1
LES SOSIES
ALCMÈNE
Qu’avez-vous?
AMPHITRYON
Tais-toi, ne parle plus ;
Ce funeste discours me rend assez confus.
O malheur de mes jours ! malheureux hyménée ! Malheureuse cent fois ma triste destinée !
O voyage, ô triomphe à mon honneur fatal !
SOSIE
Ce mal est si commun que ce n’est plus un mal ;
Le plus fin aujourd’hui le souffre par coutume,
Et le fou seulement de regret s’en consume.
ALCMÈNE
Qu’est-ce? qu’a mon époux?
Horreur de ma maison.
Ne m’appelle jamais de ce funeste nom.
Avec d’autres que moi tu partages ma couche ;
Tu reçois des baisers d’autres que de ma bouche.
O dieux ! ô Jupiter, tu vis ce suborneur D’un immortel affront diffamer mon honneur.
Et, cruel, à tes yeux tu souffris cette injure !
SOSIE
Je ne sais quel caprice est celui de nature ;
J’ignore son dessein ; mais, à ce que je voi.
Vous êtes pour le moins aussi double que moi. Quelqu’ autre Amphitryon se donne en votre absence Le même soin que vous et la même puissance ; Ailleurs que dans le camp il s’est porté des coups ; Combattant pour autrui, l’on combattait pour vous.
ALCMÈNE
J’atteste de Jupin la puissance suprême
Que mon ht n’a reçu de mortel que vous-même.
Ou que vive je brûle en la place où je suis !
Femme, j’ose jurer; mais, chaste, je le puis.
Les biens de mes parents sont un vil héritage ;
J’eus la crainte des dieux et l’honneur en partage ; Ma pudeur, mon respect, ma chaste affection.
Plus que tout autre bien, sont ma possession.
Tout esprit, tout conseil et tout sens m’abandonne ; J’ignore qui je suis, et ne connais personne.
SOSIE
Quelque savant démon, en la magie expert,