THÉODORE, CASSANDRE
THÉODORE
Enfin, si son respect ni le mien ne vous touche, Cassandre, tout l’État vous parle par ma bouche :
Le refus de l’hymen qui vous soumet sa foi Lui refuse une reine et veut ôter un roi ;
L’objet de vos mépris attend une couronne Que déjà d’une voix tout le peuple lui donne,
Et, de plus, ne l’attend qu’afin de vous l’ofirir :
Et votre cruauté ne le saurait souffrir?
CASSANDRE
Non, je ne puis souffrir, en quelque rang qu’il moule. L’ennemi de ma gloire et l’amant de ma honte,
Et ne puis pour époux vouloir d’un suborneur Qui voit qu’il a sans fruit poursuivi mon honneur; Qui, tant que sa poursuite a cru m’avoir infâme.
Ne m’a point souhaitée en qualité de femme ,
Et qui, n’ayant pour but que ses sales plaisirs,
En mon seul déshonneur bornait tous ses désirs.
En quelque objet qu’il soit à toute la province.
Je ne regarde en lui ni monarque ni prince.
Et ne vois, sous l’éclat dont il est revêtu,
Que de traîtres appâts qu’il tend à ma vertu.
Après ses sentiments, à mon honneur sinistres.
L’essai de ses présents, l’effort de ses ministres,
Ses plaintes, ses écrits, et la corruption De ceux qu’iî crut pQpyoir ^evm sa passion.
VENOESLAS.
Ces moyens vicieux aidant mal sa poursuite,
Aux vertueux enfin son amour est réduite ;
Et, pour venir à bout de mon honnêteté,
11 met tout en usage, et crime et piété.
Mais en vain il consent que Tamour nous unisse :
C’est appeler l’honneur au secours de son vice ;
Puis, s’étant satisfait, on sait qu’un souverain D’un hymen qui déplaît a le remède en main :
Pour en rompre les nœuds et colorer ses crimes,
L’État ne manque pas de plausibles maximes.
Son infidélité suivrait de près sa foi :
Seul il se considère ; il s’aime, et non pas moi.
THÉODORE
Ses vœux, un peu bouillants, vous font beaucoup d’ombrage.
GASSANDRE.
11 vaut mieux faillir moins et craindre davantage.
THÉODORE
La fortune vous rit, et ne rit pas toujours.
GASSANDRE.
Je crains son inconstance et ses courtes amours ; •
Et puis, qu’est un palais, qu’une maison pompeuse Qu’à notre ambition bâtit cette trompeuse.
Où l’âme dans les fers gémit à tout propos,
Et ne rencontre pas le solide repos?
THÉODORE
Je ne vous puis qu’offrir, après un diadème.
GASSANDRE.
Vous me donnerez plus, me laissant à moi-même.
THÉODORE
Seriez-vous moins à vous, ayant moins de rigueur ?
GASSANDRE.
N’appelleriez-vous rien la perte de mon cœur?
THÉODORE
Vous feriez un échange, et non pas une perte-
GASSANDRE.
Et j’aurais cette injure impunément soufferte!
Et ce que vous nommez des vœux un peu bouillants,
Ces desseins criminels, ces efforts insolents.
Ces libres entretiens, ces messages infâmes,
L’espérance du rapt. dont il flattait ses flammes.
Et tant dioffres enfin, dont il me crut toucher,
Au sang de Cunisberg se pourraient reprocher?
THÉODORE
Ils ont votre vertu vainement combattue.