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ACTE II, SCÈNE II

El qu’avec ma raison mes yeux et lui d’accord Détestent votre vue à l’ég'ard de la mort.

GASSANDRE.

Pour vous en guérir, prince, et ne leur plus déplaire, Je m’impose moi-méme un exil volontaire.

Et je mettrai grand soin, sachant ces vérités,

A ne vous plus montrer ce que vous détestez.

Adieu.

(Elle sort.)

LADISLAS, interdit.

Que faites-vous, ô mes lâches pensées ?

Suivez-vous cette ingrate? êtes-vous insensées?

Mais plutôt qu’as-tu fait, mon aveugle courroux? Adorable inhumaine, hélas! où fuyez-vous?

Ma sœur, au nom d’Amour, et par pitié des larmes Que ce cœur enchanté donne encore à ses charmes,

Si vous voulez d’un frère empêcher le trépas,

Suivez cette insensible et retenez ses pas.

THÉODORE

La retenir, mon frère, après l’avoir bannie !

LADISLAS

Ah ! contre ma raison servez sa tyrannie ;

Je veux désavouer ce cœur séditieux,

La servir, l’adorer, et mourir à ses yeux.

Privé de son amour, je chérirai sa haine.

J’aimerai ses mépris, je bénirai ma peine :

Se plaindre des ennuis que causent ses appas.

C’est se plaindre d’un mal qu’on ne mérite pas.

Que je la voie au moins si je ne la possède;

Mon mal chérit sa cause, et croît par son remède. Quand mon cœur à ma voix a feint de consentir.

Il en était charmé, je l’en veux démentir ;

Je mourais, je brûlais, je l’adorais dans l’âme.

Et le ciel a pour moi fait un sort tout de flamme.

(A part).

Allez... Mais que fais-tu, stupide et lâche amant?

Quel caprice t’aveugle? as-tu du sentiment?

Rentre, prince sans cœur, un moment en toi-même.

(A Théjd(»re).

Me laissez-vous, ma sœur, en ce désordre extrême?

THÉODORE

J’allais la retenir.

Eh ! ne voyez-vous pas Quel arrogant mépris précipite ses pas?

Avec combien d’orgueil elle s’est retirée,

Quelle implacable haine elle m’a déclarée,

Et que m’exposer plus aux foudres de ses yeux,

C’est dans sa frénésie armer un furieux?

De mon esprit plutôt chassez cette cruelle;

Condamnez les pensers qui me parleront d’elle ; Feignez-moi sa conquête indigne de mon rang,

Et soutenez en moi l’honneur de votre sang.

THÉODORE

Je ne vous puis celer que le trait qui vous blesse Dedans un sang royal trouve trop de faiblesse.

Je vois de quels efforts vos sens sont combattus,

Mais les difficultés sont le champ des vertus ;

Avec un peu de peine on achète la gloire.

Qui veut vraincre est déjà bien près de la victoire ;

Se faisant violence, on s’est bientôt dompté,

Et rien n’est tant à nous que notre volonté.

LADISLAS

Hélas ! il est aisé de juger de ma peine Par l’effort qui d’un temps m’emporte et me ramène, Et par ces mouvements si prompts et si puissants Tantôt sur ma raison, et tantôt sur mes sens.

Mais quelque trouble enfin qu’ils vous fassent paraître. Je vous croirai, ma sœur, et je serai mon maître :

Je lui laisserai libre et l’espoir et la foi Que son sang lui défend d’élever jusqu’à moi ;

Lui souffrant le mépris du rang qu’elle rejette.

Je la perds pour maîtresse, et facquiers pour sujette Sur qui régnait sur moi j’ai des droits absolus.

Et la punis assez par son propre refus.

Ne renaissez donc plus, mes flammes étouffées.

Et du duc de Curlande augmentez les trophées.

Sa victoire m’honore, et m’ôte seulement Un caprice obstiné d’aimer trop bassement.

THÉODORE

Quoi! mon frère, le duc aurait dessein pour elle?

LADISLAS

Ce mystère, ma sœur, n’est plus une nouvelle.

Et mille observateurs que j’ai commis exprès Ont si bien valeurs feux qu’ils ne sont plus secrets.

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