‹ Théâtre choisiChapitre 309 sur 375 · ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I

Et sur cette frayeur tu condamnes mes larmes?

Je me mets trop en peine, et je prends trop d’alarmes?

LÉON OR

Vous en prenez sans doute un peu légèrement.

Pour n’avoir pas couché dans son appartement,

Est-ce un si grand sujet d’en prendre l’épouvante,

Et de souffrir qu’un songe à ce point vous tourmente? Croyez-vous que le prince, en cet âge de feu Où le corps à l’esprit s’assujettit si peu.

Où l’âme sur les sens n’a point encor d’empire,

Où toujours le plus froid pour quelque objet soupire,

Vive avecque tout l’ordre et toute la pudeur D’où dépend notre gloire et notre bonne odeur? Cbercbez-vous des clartés dans les nuits d’un jeune homme Que le repos tourmente et que l’amour consomme?

C’est les examiner d’un soin trop curieux :

Sur leurs déportements il faut fermer les yeux ;

Pour n’en point être en peine, il n’en faut rien appreiidre, Et ne connaître point ce qu’il faudrait reprendre.

THÉODORK,

Un songe interrompu, sans suite, obscur, confus.

Qui passe en un instant, et puis ne revient plus.

Fait dessus notre esprit une légère atteinte,

Et nous laisse imprimée ou point ou peu de crainte ;

Mais les songes suivis, ou dont à tout propos L’horreur se remontrant interrompt le repos.

Et qui distinctement marquent les aventures,

Sont les avis du Ciel pour les choses futures.

Hélas! j’ai vu la main qui lui perçait le flanc;

J’ai vu porter le coup, j’ai vu couler son sang;

Du coup d’une autre main j’ai vu voler sa tête ;

Pour recevoir son corps j’ai vu sa tombe prête ;

Et, xn’écriant d’un ton qui t’aurait fait horreur.

J’ai dissipé mon songe, et non pas ma terreur.

Cet effroi de mon lit aussitôt m’a tirée.

Et, comme tu m’as vue, interdite, égarée,

Sans toi je me rendais en son appartement.

D’où j’apprends que ma peur n’est pas sans fondemcnl, Puisque ses gens t’ont dit... Mais que vois-je?

VENCESLAS

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