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ACTE IV, SCENE II

OCTAVE

0 fatale rencontre !

VENCESLAS

Est-ce vous, Ladislas,

Dont la couleur éteinte et la vue égarée Ne marquent plus qu’un corps dont Famé est séparée? En quel lieu, si saisi, si froid et si sanglant, Adressez-vous ce pas incertain et tremblant?

Qui vous a si matin tiré de votre couche?

Quel trouble vous possède et vous ferme la bouche ?

LADISLAS , se remettant sur sa chaise.

Que lui dirai-je, hélas?

VENGESLAS.

Répondez-moi, mon fils ;

Quel fatal accident...

LADISLAS

Seigneur, je vous le dis :

J’allais... j’étais... l’Amour a sur moi tant d’empire... Je me confonds, Seigneur, et ne vous puis rien dire.

VENGESLAS.

D’un trouble si confus un esprit assailli Se confesse coupable, et qui craint a failli.

N’avez-vous point eu prise avecque votre frère ?

Votre mauvaise humeur lui fut toujours contraire,

Et si pour l’en garder mes soins n’avaient pourvu...

LADISLAS

M’a-t-il pas satisfait? Non, je ne l’ai point vu.

VENGESLAS.

Qui vous réveille donc avant que la lumière Ait du soleil naissant commencé la carrière ?

LADISLAS

N’avez-vous pas aussi précédé son réveil ?

VENGESLAS.

Oui, mais j’ai mes raisons qui bornent mon sommeil. Je me vois, Ladislas, au déclin de ma vie,

Et, sachant que la mort l’aura bientôt ravie.

Je dérobe au sommeil, image de la mort.

Ce que je puis du temps qu’elle laisse à mon sort :

Près du terme fatal prescrit par la nature.

Et qui me fait du pied toucher ma sépulture.

De ces derniers instants dont il presse le cours.

Ce que j’ôte à mes nuits, je l’ajoute à mes jours.

Sur mon couchant, enfin, ma débile paupière Me ménage avec soin ce reste de lumière ;

VENCESLAS

Mais quel soin peut du lit vous chasser si matin, Vous à qui Tâge encor garde un si long destin?

LADISLAS

Si vous en ordonnez avec votre justice,

Mon destin de bien près touche son précipice :

Ce bras, puisqu’il est vain de vous déguiser rien,

A de votre couronne abattu le soutien :

Le duc est mort, Seigneur, et j’en suis l’homicide ; Mais j’ai dû l’être.

VENCESLAS

O dieu ! le duc est mort, perfide !

Le duc est mort, barbare ! et pour excuse, enfin. Vous avez eu raison d’être son assassin !

A cette épreuve, ô Ciel, mets-tu ma patience?

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