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ACTE IV. SCÈNE II

Tant a de droit sur nous, malheureux que nous sommes, Cet amour, non amour, mais ennemi des hommes !

J’ai, pour aucunement couvrir ma lâcheté.

Quand je souffrais le plus, feint le plus de santé ;

Rebuté des mépris qu’elle a faits d’un esclave,

J’ai fait du souverain et j’ai tranché du brave;

Bien plus, j’ai, furieux, inégal, interdit.

Voulu pour mon rival employer mon crédit :

Mais, au moindre penser, mon âme transportée Contre mon propre effort s’est toujours révoltée.

Et l’ingrate beauté dont le charme m’a pris Peut plus que ma colère et plus que les mépris :

Sur ce qu’Octave, enfin, hier me fît entendre L’hymen qui se traitait du duc et de Cassandre,

Et que ce couple heureux consommait cette nuit...

OCTAVE

Pernicieux avis, hélas ! qu’as-tu produit?

LADISLAS

Succombant tout d’un coup à ce coup qui m’accable.

De tout raisonnement je deviens incapable.

Fais retirer mes gens, m’enferme tout le soir.

Et ne prends plus avis que de mon désespoir.

Par une fausse porte, enfin, la nuit venue.

Je me dérobe aux miens et je gagne la rue.

D’où, tout soin, tout respect, tout jugement perdu.

Au palais de Cassandre en même temps rendu.

J’escalade les murs, gagne une galerie.

Et, cherchant un endroit commode à ma furie.

Descends sur l’escalier, et dans l’obscurité Prépare à tout succès mon courage irrité.

Au nom du duc enfin j’entends ouvrir la porte.

Et, suivant à ce nom la fureur qui m’emporte.

Cours, éteins la lumière, et d’un aveugle effort De trois coups de poignard blesse le duc à mort.

THÉODORE, effrayée, s’appuyant sur Léonor.

Le duc! qu’entends-je? hélas 1

LADISLAS

A cette rude atteinte.

Pendant qu’en l’escalier tout le monde est en plainte. Lui, m’entendant tomber le poignard sous ses pas,

S’en saisit, me poursuit et m’en atteint au bras.

Son âme à cet effort de son corps se sépare ;

Il tombe mort.

VENCESLAS

THÉODORE

O rage inhumaine et barbare !

LADISLAS

Et moi, par cent détours que je ne connais pas,

Dans l’horreur de la nuit ayant traîné mes pas,

Par le sang que je perds mon cœur enfin se glace ;

Je tombe, et, hors de moi, demeure sur la place.

Tant qu’Octave, passant, s’est donné le souci De hander ma blessure et de me rendre ici.

Où, non sans peine encor, je reviens en moi-même.

THÉODORE, appuyée sur Léonor.

Je succombe, mon frère, à ma douleur extrême.

Ma faiblesse me chasse et peut rendre évident L’intérêt que je prends dedans votre accident.

(A part.)

Soutiens-moi, Léonor. Mon cœur, es-tu si tendre Que de donner des pleurs à l’époux de Cassandre,

Et vouloir mal au bras qui t’en a dégagé?

Cet hymen t’offensait, et sa mort t’a vengé.

(Elle sort.)

OCTAVE

Déjà du jour. Seigneur, la lumière naissante Fait voir par son retour la lune pâlissante.

LADISLAS

Et va produire aux yeux les crimes de la nuit.

OCTAVE

Même au quartier du roi j’entends déjà du bruit.

Allez vous rendre au lit, que quelqu’un ne survienne.

LADISLAS

Qui souhaite la mort, craint peu, quoi qu’il advienne. Mais allons, conduis-moi.

VENCESLAS, LADISLAS, OCTAVE, Gardes.

VENCESLAS

Mon fils I

LADISLAS

Seigneur?

VENCESLAS

Hélas !

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