ACTE V, SCENE V
J’alléguerais encor que ce coup part d’un bras Dont les premiers elforts ont servi vos Mats,
Et m’ont, dans votre histoire, acquis assez de place Pour vous devoir parler en faveur de ma grâce ;
Mais je n’ai point dessein de prolonger mon sort ;
J’ai mon objet à part, à qui je dois ma mort :
Vous la devez au peuple, à mon frère, à vous-même;
Moi je la dois. Seigneur, à l’ingrate que j’aime.
Je la dois à sa haine, et m’en veux acquitter :
C’est un léger tribut qu’une vie à quitter;
C’est peu, pour satisfaire et pour plaire à Cassandre, Qu’une tête à donner et du sang à répandre,
Et, forcé de l’aimer jusqu’au dernier soupir.
Sans avoir pu, vivant, répondre à son désir,
Suis ravi de savoir que ma mort y réponde.
Et que, mourant, je plaise aux plus beaux yeux du monde.
VENCESLAS
A quoi que votre cœur destine votre mort.
Allez vous préparer à cet illustre effort.
Et, pour les intérêts d’une mortelle flamme, Abandonnant le corps, n’abandonnez pas Fâme.
Tout obscure qu’elle est, la nuit a beaucoup d’yeux.
Et n’a pas pu cacher votre forfait aux cieux.
(Il l’embrasse.)
Adieu, sur l’échafaud portez le cœur d’un prince.
Et faites-y douter à toute la province Si, né pour commander et destiné si haut.
Vous mourez sur un trône ou sur un échafaud,
(Le roi frappe du pied pour faire venir le duc.)
(Féderic entre avec les gardes.)
Duc, remmenez le prince.
LADISLAS
O vertu trop sévère ! *
Venceslas vit encor, et je n’ai plus de père !
(Il sort.)