VENCESLAS, LADISLAS
LADISLAS
Venez-vous conserver ou venger votre race ? M’annoncez-vous, mon père, ou ma mort ou ma grâce?
VENCESLAS
Embrassez-moi, mon fils.
LADISLAS
Seigneur, quelle bonté,
Quel effet de tendresse, et auelle nouveauté !
Voulez-vous ou marquer ou remettre mes peines?
Et vos bras me sont-ils des faveurs ou des chaînes?
VENCESLAS
Avecque le dernier de leurs embrassements,
Recevez de mon cœur les derniers sentiments. Savez-vous de quel sang vous avez pris naissance ?
LADISLAS
Je l’ai mal témoigné, mais j’en ai connaissance.
VENCESLAS
Sentez-vous de ce sang les nobles mouvements?
LADISLAS
Si je ne les produis, j’en ai les sentiments.
VENCESLAS
Enfin, d’un grand effort vous trouvez-vous capable?
LADISLAS
Oui, puisque je résiste à l’ennui qui m’accable.
Et qu’un effort mortel ne peut aller plus loin.
VENCESLAS
Armez-vous de vertu, vous en avez besoin.
LADISLAS
S’il est temps de partir, mon âme est toute prête.
L’échafaud l’est aussi, portez-y votre tête.
Plus condamné que vous, mon cœur vous y suivra ;
Je mourrai plus que vous du coup qui vous tûra.
Mes larmes vous en sont une preuve assez éPmple ; Mais à l’État, enfin, je dois ce grand exemple,
A ma propre vertu ce généreux effort.
Cette grande victime à votre frère mort :
J’ai craint de prononcer, autant que vous d’entendre. L’arrêt qu’ils demandaient, et que j’ai dû leur rendre. Pour ne vous perdre pas, j’ai longtemps combattu. Mais, ou l’art de régner n’est plus une vertu.
Et c’est une chimère aux rois que la justice.
Ou, régnant, à l’iiitat je dois ce sacrifice.
LADISLAS
Eh bien, acbevez-le, voilà ce col tout prêt.
Le coupable, grand roi, souscrit à votre arrêt;
Je ne m’en défends point, et je sais que mes crimes Vous ont causé souvent des courroux légitimes.
Je pourrais du dernier m’excuser sur l’erreur D’un bras qui s’est mépris et crut trop ma fureur :
Ma haine et mon amour, qu’il voulait satisfaire. Portaient le coup au duc, et non pas à mon frère :