FIN DE VENCESLAS
NOTICE
SUR
GOSROÈS
Le sujet de Cosroès est tiré des Annales ecclesiastici ^ du cardinal Baroüius, savant historien catholique du seizième siècle. C’est en 1649 que cette dernière grande tragédie de Rotrou fut représentée et éditée, un an avant sa mort (in-4, Paris; in-12, La Haye). En 1704, le marquis d’Ussé daigna la « corriger, » et, sous cette nouvelle forme, elle obtint un grand succès au théâtre. Mais on ne l’a pas reprise depuis
M. Jarry croit que Rodogune et Héraclius, où Corneille mêlait la politique aux affections de famille, purent inspirer Cosroès. Cette conjecture est d’autant plus vraisemblable que le sujet ^Héraclius est précisément emprunté au même livre de Baronius, et que l’action se passe au moment même où Héraclius vient d’assiéger Cosroès dans sa capitale. En revanche, c’est de Cosroès que procède évidemment le Nicomède de Corneille.
Est-ce à dire pourtant, comme le croit M. Guizot, que Rotrou voulut, de parti pris, « imiter Corneille, » et qu'il eut « tous les défauts des imitateurs? » Non : si Cosroès est plus raisonnablement conduit que beaucoup de ses pièces, il ne ressemble pas plus, dans le détail, à fféraclius ou à Rodogune, que Saint Genest ne ressemble à Polyeucte. Il y a, au contraire, dans son théâtre, d’autres pièces auxquelles Cosroès est uni par une sorte de parenté naturelle : « Venceslas et Cosroès^ observe M. Saint-Marc Girardin, se ressemblent par leur opposition même ; la différence est celle qui sépare l’amour paternel de l’amour filial, l’un qui impose le respect toujours, i autre dont la violation semble une impiété... Cosroès, assassin de son père, représente les remords qui suivent le crime, comme Siroès représente les terreurs et les doutes qui le précèdent. »
Seulement, Cosroès est plus essentiellement politique que Venceslas, bien que Venceslas s’ouvre par une de ces conversations politiques fa-
NOTICE SUR COSROêS.
milières aux contemporains, e se termine par un bel éloge de Mazarin. Là, en effet, l’amour est au premier plan ; ici, il est presque effacé : l'insignifiante Narsée ne paraît qu’au troisième acte. C’est la lutte de Palmiras et de Sira qui fixe l’attention ; or, qu’est cette lutte, sinon l’implacable conflit de deux influences politiques rivales, de deux ambitions également inassouvies ? De là tant de maximes politiques, qui ne sont pas un des moindres ornements de Cosroès.
On en trouverait do fort nombreuses, parfois de fort hardies, dans tout le théâtre de Rotrou : les unes glorifient l’immuable souveraineté 7de la justice, sous sa forme humaine, qui est la loi; les autres excusent, même légitiment tout attentat glorieux, toute entreprise criminelle, qui cesse de l’être dès que les moyens en sont audacieux, que le but en est élevé, que le succès s’en impose. Il serait téméraire de faire un choix entre des maximes si opposées et d’essayer d’en former une opinion personnelle au poète. A l’exemple de Corneille, qui prête tour à tour à Maxime et à Cinna des plaidoyers d’une égale éloquence, pour et contre la république, Rotrou s’inquiète seulement de faire parler à ses personnages le langage qui convient à leur situation et à leur caractère.
Avant Saint Genest^ Venceslas et Cosroès^ Rotrou avait écrit quatre tragédies, toutes empruntées à l’antiquité. Ce sont ; Hercule mourant (1632-1636), imité de Sénèque et précédé d’une dédicace sous forme d’ode à Richelieu. — Antigone (1639-1640), imité à la fois de Sénèque, de Stace et de Sophocle, et dédié au maréchal de Guébriant. — Grisante, tragédie éditée en 1640, mais qui n’a pu être représentée en 1639, comme le veut Viollet-le-Duc, puisqu’elle figure dans un acte de vente daté de 1637. Il n’est pas exact non plus qu’après avoir été d’abord en cinq actes, elle ait été réduite à quatre par le poète ; c’est la perte d’une partie de la copie qui causa cette mutilation involontaire. — Iphigénie en Aulide (1640-1641), parut la même année que Y Iphigénie de Gaumin, et a été mise au pillage en 1637 dans celle de Leclerc et Coras, ce duo ridicule immortalisé par Racine, qui luimême doit beaucoup à Rotrou.
Il faut ajouter à ces tragédies : Bélisaire (1643-1644), dédié à Henri de Lorraine, duc de Guise, et don Lope de Cardone (1650-1652), qui, comme Iphigénie elle -même et Venceslas, portent le titre trompeur de tragi-comédie.
COSROÈS
TRAGÉDIE
PERSONNAGES
COSROÈS, roi de Perse.
SIRA, reine de Perse.
SIROÈS, fils du roi de Perse.
NARSÉE, femme de Siroès.
MARDESANE, fils de Gosroès et de Sira.
SARDARIGUE.
PALMIRAS, père de Narsée.
HORMISDATE, confidente de Sira.
ARTANASDE, frère d’Hormisdate.
PHARNAGE.
Satrapes.
Gardes.
La scène est dans le palais du roi de Perse.