ACTE V. SCÈNE IX
Je la conserverai, puisque je vous la dois ;
Mais elle régnera pour dispenser vos lois,
Et toujours, quoi qu’elle ose ou quoi qu’elle projette Le diadème au front, sera votre sujette.
(A Féderic.)
Par quel heureux destin, duc, ai-je mérité
Et de votre courage et de votre bonté
Le soin si généreux qu’ils ont eu pour ma vie ?
FÉDERIC.
Ils ont servi l’État alors qu’ils l’ont servie.
Mais, et vers la couronne et vers vous acquitté. J’implore une faveur de Votre Majesté.
LADISLAS
Quelle?
FÉDERIC.
Votre congé. Seigneur, et ma retraite.
Pour ne vous plus nourrir cette haine secrète
Qui, m’expliquant si mal, vous rend toujours suspects
Mes plus ardents devoirs et mes plus grands respects.
LADISLAS
Non, non, vous devez, duc, vos soins à ma province : Roi, je n’hérite point des différends du prince.
Et j’augurerais mal de mon gouvernement S’il m’en fallait d’abord ôter le fondement :
Qui trouve où dignement reposer sa couronne.
Qui rencontre à son trône une ferme colonne.
Qui possède un sujet digne de cet emploi.
Peut vanter son bonheur, et peut dire être roi.
Le ciel nous l’a donné, cet État le possède ;
Par ses soins tout nous rit, tout fleurit, tout succède ; Par son art nos voisins, nos propres ennemis. N’aspirent qu’à nous être alliés on soumis ;
Il fait briller partout notre pouvoir suprême ;
Par lui toute l’Europe ou nous craint ou nous aime.
Il est de tout l’État la force et l’ornement.
Et vous me l’ôteriez par votre éloignement.
L’heur le plus précieux que, régnant, je respire Est que vous demeuriez l’âme de cet empire.
(Montrant Théodore.)
Et, si VOUS répondez à mon élection.
Ma sœur sera le nœud de votre affection.
FÉDERIC.
J’y prétendrais en vain, après que sa défense M’a de sa servitude interdit la licence.
VENCESLAS
THÉODORE
Je VOUS avais prescrit de cacher vos liens;
Mais les ordres du roi sont au-dessus des miens,
Et, me donnant à vous, font cesser ma défense.
FÉDERIC.
Oh ! de tous mes travaux trop digne récompense 1
(A Ladislas.)
C’est à ce prix. Seigneur, qu’aspirait mon crédit,
Et vous me le rendez, me rayant interdit.
LADISLAS, à Cassandre.
J’ai pour vous accepté la vie et la couronne,
Madame ; ordonnez-en, je vous les abandonne.
Pour moi, sans vos faveurs, elles n’ont rien de doux ;
Je les rends, j’y renonce, et n’en veux point sans vous : De vous seule dépend et mon sort et ma vie.
CASSANDRE
Après qu’à mon amant votre main l’a ravie !
VENCESLAS
Le sceptre que j’y mets a son crime effacé.
Dessous un nouveau règne oublions le passé;
Qu’avec le nom de prince il perde votre haine :
Quand je vous donne un roi, donnez-nous une reine.
CASSANDRE
Puis-je, sans un trop lâche et trop sensible effort, Épouser le meurtrier, étant veuve du mort?
Puis-je...
VENCESLAS
Le temps, ma fille...
CASSANDRE
Ah ! quel temp s le peu t faire ?
LADISLAS
Si je n’obtiens, au moins permettez que j’espère :
Tant de soumissions lasseront vos mépris Qu’ enfin de mon amour vos vœux seront le prix.
VENCESLAS, à Ladislas.
Allons rendre à l’infant nos dernières tendresses.
Et dans sa sépulture enfermer nos tristesses.
Vous, faites-moi, vivant, louer mon successeur.
Et voir de ma couronne un digne possesseur.