‹ Théâtre choisiChapitre 341 sur 375 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

Siroès a pour lui le droit de la naissance.

(A Cosroès.)

Voulez-vous voir armer la Perse contre soi,

Et lui donner la guerre en lui donnant un roi ? Songez à quels malheurs vous l’exposez en butte ; Un rang si relevé vaut bien qu’on le dispute.

SIRA

Objet de nos encens, soleil, tu m’es témoin Si l’intérêt d’un fils me produit aucun soin,

Et si l’ambition qu’excite un diadème.

Pour en parer autrui, sortirait de moi-même ! Votre seul intérêt, Seigneur, m’en peut priver ;

Je le perds sans regret , quand il vous faut sauver. Mais, déposant ce faix où votre âge succombe. Voyez sur qui des deux il importe qu’il tombe ; L’intérêt de l’aîné, vous vivant, est couvert.

Et son aînesse encor n’a point de droit ouvert.

Un roi qui fuit le soin, et dont l’âge s’abaisse.

Peut dessus qui lui plaît reposer sa vieillesse.

Et, pour faire en autrui considérer ses lois. Donner à ses agents la cjualité de rois.

Siroès, appuyé du droit qu’il peut prétendre.

Sitôt qu’il régnera, ne voudra plus dépendre ;

Et, vous croyant l’empire avecque lui commun. Vous serez à son règne un obstacle importun.

Vous le verrez bientôt, s’il se sent l’avantage. Éloigner les objets qui lui feront ombrage ;

Et je puis craindre pis, après que ce malin Il eût, sans Mardesane, été mon assassin.

Et que pour cet effet, il a tiré l’épée.

COSROÈS.

O dieux! que dites-vous ?

SIRA

11 ne m’a point trompée Comme il croit mon crédit fatal à son espoir,

Il n’a jamais cessé de choquer mon pouvoir;

Et, pour toute raison, j’ai l’honneur de vous plaire Et la haine du fils naît de l’amour du père.

Que puis-je attendre donc de son autorité ?

COSROÈS.

Je pourvoirai. Madame, à votre sûreté.

SIRA

Élevant Mardesane à ce degré suprême,

Vous régnerez, Seigneur, en un autre vous-même;

Sous le gouvernement qu’il se verra commis,

Et rÉlat, et le roi, tout vous sera soumis;

Et pour votre repos, dont l’intérêt nous touche,

Vos ordres seulement passeront par sa bouche;

Par lui vous régnerez, par vous il régnera.

Et ce seront vos lois qu’il nous dispensera.

Le soin le regardant, la gloire sera nôtre;

Je connais sa vertu ; c’est mon sang, c’est le vôtre, Dont vos chastes ardeurs ont honoré ce flanc.

Et que j’ose pleiger du reste de mon sang.

COSROÈS.

Par les pleurs que je dois aux cendres de mon père, Par le char éclatant du dieu que je révère.

Par l’âge qui me reste, et qu’il éclairera,

Mardesane, Madame, aujourd’hui régnera.

Je vous l’avais promis, et mon repos me presse, Auiant que mon amour, d’acquitter ma promesse.

Par forme, Sardarigue, assemblez le conseil.

Mais du couronnement disposez l’appareil.

SARDARIGUE.

Oii la reine. Seigneur, semble être intéressée.

Je n’ose plus avant vous ouvrir ma pensée;

Mais...

SIRA

On n’a pas dessein d’en croire vos avis;

SARDARIGUE.

Ils n’ont point fait de tort quand on les a suivis;

Et ce projet. Madame, est d’assez d’importance Pour ne le pas presser avecque tant d’instance.

Si j’en prévois l’issue, elle doit aller loin.

COSROÈS.

Je prendrai vos conseils quand j’en aurai besoin. Cependant, pour ne rien tenter à notre honte.

Arrêtez Siroès, et m’en rendez bon compte.

SARDARIGUE.

Si vous voulez, grand roi, voir le peuple en courroux, Le camp et tout l’État soulevés contre vous. Imposez-moi cet ordre, et faites qu’on l’arrête.

COSROÈS.

A ne pas obéir il va de votre tête.

SARDARIGUE, à part.

O dieux, dont les décrets passent nos jugements, Rendez vaine l’horreur de mes pressentiments!

(Il sort.)

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