ACTE III, SCÈNE II
Quel?
SARDARIGÜE.
De VOUS arrêter.
SIRA
Quelle audace est la vôtre !
Moi, téméraire?
SARDARIGÜE.
Vous.
SIRA
De quelle part?
SARDARIGÜE.
Du roi.
SIRA
Imposteur! Cosroès t’impose cette loi?
SARDARIGÜE.
Cosroès n’a-t-il pas déposé la couronne?
SIRA
Qui donc? est-ce mon fils, traître, qui te l’ordonne?
SARDARIGÜE.
Votre fils m’ordonner! en quelle qualité?
De ton roi, de ton maître, insolent, effronté !
SARDARIGÜE.
Siroès est mon roi, Siroès est mon maître :
La Perse sous ces noms vient de le reconnaître.
SIRA
Dieux !
SARDARIGÜE.
Et, pour le venir reconnaître avec nous.
Nous avons ordre exprès de nous saisir de vous.
SIRA
De te saisir de moi, perfide ?
SARDARIGÜE.
De vous-même.
SIRA, regardant autour de soi.
Et l’on ne punit pas cette insolence extrême !
Un traître, un déloyal, pour ma garde commis. Attente à ma personne et sert mes ennemis !
Avec tout mon crédit et toute ma puissance.
Je ne trouve au besoin personne à ma défense ! Flatteurs, faibles amis, vile peste des cours.
Lâches adorateurs, j’attends votre secours;
Que devient aujourd’hui votre foule importune?
Ne sacrifiez-vous qu’à la seule fortune?
Et, pour être à l’instant abandonné de vous,
Ne faut-il qu’éprouver un trait de son courroux? Quoi! pas un vrai sujet, pas une âme loyale Dedans Persépolis, dans la maison royale !
Ma plainte est inutile et mes cris superflus,
Et la cour dans la cour ne se trouvera plus !
SARDARIGÜE.
Allons, votre parti ne trouvera personne.
SIRA
Le ciel l’embrassera si le sort l’abandonne;
11 veille avec trop d’yeux sur l’intérêt des rois Pour laisser outrager la majesté des lois.
SARDARIGÜE.
C’est en son équité que Siroès espère.
SIRA
Après s’être emparé du trône de son père !
SARDARIGÜE.
Après que votre fils veut s’emparer du sien.
Mais j’obéis. Madame, et n’examine rien.
SIRA
Il faut que tout périsse, ou ma vengeance, traître. M’apportera ta tête et celle de ton maître.
SARDARIGÜE.
Le plus faible parti prendra loi du plus fort ;
Mais de votre prison il attend le rapport.
Madame, et vous voyez qu’à mon bras, qui balance. Un reste de respect défend la violence.
J’ai peine à vous traiter avec indignité.
Allons, épargnez-nous cette nécessité.
SIRA
11 n’est point merveilleux qu’un sujet infidèle Écoute encor sa foi qui tremble et qui chancelle. Quand, par un détestable et perfide attentat.
Il veut blesser en moi tout le corps de l’État ;
Quand, commis de l’État, sa rage se déploie Non contre l’accusé, mais contre qui l’emploie.
Tu tiens de Siroès l’ordre de ma prison!
Le perfide a longtemps couvert sa trahison.
Bien séduit des esprits, bien pratiqué des traîtres.
Et longtemps envié le pouvoir de ses maîtres :
La brigue d’une ville et de toute une cour
N’est pas felfort d’un homme et l’ouvrage d’un jour.
Tels à qui par pitié j’ai fait laisser la tête