SCÈNE II
MERCURE à la fenêtre, sous la figure de Sosie; AMPHITRYON. MERCURE.
Qu’est-ce ?
AMPHITRYON
Ouvre tôt la porte
Que veut cet insolent qui heurte de la sorte ?
LES SOSIES
AMPHITRYON
Ouvre, c’est moi.
MERCURE
Qui, moi?
AMPHITRYON
Moi, qui te parle, moi.
MERCURE
T’exterminent les dieux, toi qui me parles, toi !
Jamais si violent n’éclata le tonnerre.
S’il frappe encore un coup, il mettra tout par terre.
AMPHITRYON
Comment?
MERCURE
Qu’est-ce? comment? que veut cet insensé?
AMPHITRYON
Quoi, tout, jusqu’aux esprits, est ici renversé ?
Quel dieu de ce désordre a ma maison remplie?
Eh bien! c’est moi; crains-tu que je l’oublie? Achève, que veux-tu?
AMPHITRYON
Traître, ce que je veux!
MERCURE
Que ne veux-tu donc point? réponds-moi, si tu peux.
Il pense s’adresser à quelque hôtellerie.
De la façon qu’il frappe, et qu’il parle et qu’il crie.
Eh bien! m’as-tu, stupide, assez considéré?
Si l’on mangeait des yeux, il m’aurait dévoré.
AMPHITRYON
Quel orage de coups va pleuvoir sur ta tête !
Moi-même j’ai pitié des maux que je t’apprête.
Sois-je aussi cher aux dieux que je vais en ta mort Faire un exemple horrible à tous ceux de ton sort !
MERCURE
Mais si ce malheur même arrive à qui menace?
AMPHITRYON
A-t-il perdu l’esprit? Dieux! quelle est son audace? Mais qu’attends-je en ce lieu? Traître, tu n’ouvres pas? Rompons tout, brisons tout, et mettons tout à bas !
MERCURE
Spe^t-re, qui que tu sois, fantôme, ombre vivante,
Qui crois par ta menace exciter l’épouvante.
Si ta fuite, insensé, tarde encore un moment.