ACTE IV, SCENE III
PREMIER CAPITAINE
A d'autres ces chiinèi
Ces contes à plaisir, ces coups imaginaires.
SOSIE
Pour mon dos toutefois c’étaient des vérités,
Et vous doutez à tort de ces duplicités.
Vous fasse Jupiter partager notre peine,
Et puissiez-vous produire un autre capitaine Qui vous traite d’abord comme je fus traité.
Et qui convainque enfin votre incrédulité !
PREMIER CAPITAINE
Cette production ne serait pas plaisante ;
J’ai le dos assez bon, mais j’ai la main pesante,
Et l’épreuve sur moi ne m’en plairait pas fort. Réserve-toi tes coups, tes souhaits et ton sort.
SECOND CAPITAINE
Avançons, le voici.
SOSIE
Je crains quelque disgrâce.
SECOND CAPITAINE
Comment?
Voyez que seul, errant en cette place.
Il murmure en lui-même, et semble avec les yeux Vouloir manger la terre et menacer les cieux.
PREMIER CAPITAINE
En attendant la faim, rêvant, il se promène.
SOSIE
Vous pourrez mal dîner, si ma crainte n’est vaine.
AMPHITRYON, à part.
Je doute quel succès est le plus glorieux.
Ou celui des vaincus, ou des victorieux ;
La fin de mon triomphe est un désordre extrême Qui me rend plus vaincu que n’est le vaincu même.
Et d’un si long voyage, et si laborieux.
Le seul travail est mien, la gloire en est aux dieux.
SOSIE, aux capitaines.
Arrêtez, un mot seul me tirera de peine.
AMPHITRYON, à part.
Que ce vice ait fait brèche à la vertu d’Alcmène !
Quel prodige inouï peut plus nous étonner.
Et quelle honnêteté ne doit-on soupçonner?
La coupe de Ptérèle est une autre merveille
Qui ne se peut comprendre et n’a point de pareille, ,
Et l’ouïr de nos faits conter Tévénement Passe toute créance et tout étonnement.
Mais je conçois la fourbe, et tout cet artifice De l’esprit de Sosie est sans doute un caprice Que lui-même, accusé, ne peut désavouer,
Puisqu’à mes propres yeux il ose me jouer.
SOSIE
On parle ici pour moi? La fatale journée!
Quelque incommodité m’est encor destinée.
AMPHITRYON, à part.
Mais s’il peut aujourd’hui tomber entre mes mains, Misérable est son sort sur tous ceux des humains.
Il peut compter ce jour le dernier de sa vie.
SOSIE
Il m’obligerait fort, s’il perdait cette envie.
A qui naît fortuné tout lui succède bien ;
Un malheureux fait mal, même en ne faisant rien.
Allez, sachez de lui quelle est cette disgrâce.
Et faites, s’il se peut, que ce désir lui passe.
PREMIER CAPITAINE
Le ciel. Amphitryon, soit propice à vos vœux I
AMPHITRYON
Vous venez justement à l’heure où je vous veux :
Enfin votre rapport nous tirera de peine.
Quel sort si favorable en ce lieu vous amène ?
PREMIER CAPITAINE
Nous vous obéissons, mandés expressément.
Et Sosie est porteur de ce commandement.
AMPHITRYON
Quoi ! de ma part?
PREMIER CAPITAINE
Sosie au moins nous fa fait croire.
AMPHITRYON
O ciel ! avec mon nom perds-je encor la mémoire?
Qui de ces mandements chargea cet insensé ?
Où vous a-t-il trouvés ? où l’avez-vous laissé.
PREMIER CAPITAINE
Le voilà.
AMPHITRYON
Qui?
PREMIER CAPITAINE
Sosie.
AMPHITRYON
Où?