‹ Théâtre choisiChapitre 42 sur 375 · ACTE IV, SCÈNE ill · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE ill

PREMIER CAPITAINE

Devant vos yeux même.

Ne le voyez-vous pas?

AMPHITRYON

Ma colère est extrême

Jusqu’à m’ôter le sens et jusqu’à m’aveugler. Approche ; c’est toi, traître, à qui je veux parler, Toi, peste des mortels, dont l’audace effrontée,

A ma vue, à mon su, jusqu’à moi s’est portée ,

Qui tout soin, tout devoir et tout respect à bas, Veux railler tout le monde et ne m’exceptes pas : Le ciel même, le ciel, à mes desseins contraire,

Ne te soustrairait pas à ma juste colère.

(Les capitaines veulent arrêter Amphitryon.)

Laissez, votre défense irrite mon courroux.

PREMIER CAPITAINE

Écoutez-moi.

AMPHITRYON

(A Sosie )

Parlez. Mais, toi, reçois les coups.

SOSIE

Pourquoi? quelle furie, à ma perte animée.

De cette aveugle ardeur a votre âme enflammée? Ai -je où vous m’envoyez fait un trop long séjour, Et pouvais-je plus tôt être ici de retour ?

PREMIER CAPITAINE

Arrêtez.

SOSIE

Je suis mort. Quel démon vous agite ?

J’ai couru, j’ai volé; peut-on marcher plus vite?

AMPHITRYON

De ton audace enfin ai-je tiré raison ?

Traître, voilà le toit, la tuile, la maison ; Reconnais-tu la porte, et vois-tu la fenêtre D’où tu feignais tantôt de ne me pas connaître?

PREMIER CAPITAINE

Vous a-t-il offensé?

AMPHITRYON

Me le demandez-vous ?

Il me veut, l’insolent, éloigner de chez nous ;

Il me ferme la porte, il me joue, il me chasse.

Et de cette fenêtre il m’use de menace

SOSIE

Moi?

AMPHITRYON

De combien de coups ne m’as-tu menacé,

Si j’eusse osé heurter, ou si j’eusse avancé? Veux-tu nier, coquin?

SOSIE

Pourquoi ne le nîerai-je?

Nommez tout autre crime, un vol, un sacrilège, Des empoisonnements et des assassinats ;

J’aurai même raison de ne les nier pas.

N’ai-je pas en ces gens un trop clair témoignage? Ne les mandez-vous pas? viens-je pas du rivage? Vous puis-je faire injure en vous obéissant?

Vous voyais-je du port, et vous parlais-je absent? N’y suis-je pas allé par votre charge expresse?

AMPHITRYON

De moi ?

SOSIE

Que j’ai laissé parlant à ma maîtresse,

Après l’heureux accord qui vous a réunis?

AMPHITRYON

Comment, Alcmène et moi?

Dont les dieux soient bénis I

AMPHITRYON

Es-tu capable encor de cette effronterie?

PREMIER CAPITAINE

Que je vous dise un mot : laissez-le, je vous prie Les divers accidents arrivés en ces lieux.

Si j’en crois ses discours, sont si prodigieux Qu’il serait à propos d’en faire plus d’enquête Avant que cet orage éclatât sur sa tête :

Quelque charme secret vous peut brouiller ainsi,

Qui mériterait bien qu’on s’en mît en souci.

AMPHITRYON

Entrons et me prêtez et vos soins et votre aide A chasser de ce lieu l’erreur qui nous possède.

Page 1