ACTE V, SCÈNE IV
PREMIER CAPITAINE
Que dit-il? N’est-ce pas de votre courtoisie Que du port ce matin, amenés par Sosie,
Nous tenons le repas qu’on a dressé chez vous?
SOSIE
J’aidais à l’apprêter, mais j’ai dîné de coups.
AMPHITRYON
Voyez jusques où va cette méconnaissance :
Je leur étais présent, même dans mon absence !
A qui ne semblera ce discours fabuleux.
Que, parlant à Créon, je mangeasse avec eux,
Que je fusse à la cour ensemble et chez Alcmène,
Et fisse des festins, lorsque j’étais en peine?
LE CAPITAINE DES GARDES
Joignons-nous, avançons, et cherchons l’imposteur.
SECOND CAPITAINE
L’artifice est subtil, quiconque en soit l’auteur.
AMPHITRYON
Mourons, s’il faut mourir, mais qu’avec moi périsse D’un si sensible affront l’auteur et la complice !
LE CAPITAINE DES GARDES
L’honnêteté d’Alcmène est hors de tout soupçon.
AMPHITRYON
Elle a failli pourtant d’une ou d’autre façon.
S’agissant de l’honneur, l’erreur même est un crime ; Rien ne peut que la mort rétablir son estime.
(Il frappe à la porte.)
Entrons, rompons, brisons ; secondez mon dessein ; Surprenons, s’il se peut, l’adultère en son sein.
Partout l’honnêteté repose à porte ouverte ;
Cette porte fermée assure encor ma perte :
Le vice seulement aime de se cacher ;
La femme qui s’enferme a dessein de pécher.
Joignez donc vos efforts à ma juste colère ;
Frappons, brisons, entrons, convainquons l’adultère.
(Ou entend un grand éclat de tonnerre.)
PREMIER CAPITAINE, tombant.
Quel effroyable bruit, accompagné d’éclairs.
Trouble et change sitôt la région des airs ?
AM^^HITRYON.
Qu’entends-je? hélas! quels dieux faut-il que je réclame? La terre ouvre son centre, et le ciel est de flamme.
LES SOSIES
SOSIE
Terre, ciel, hommes, dieux! qui me vient secourir? Quoi ! puis-je en même jour et doubler et périr ?
(Ils tombent tous évanouis.)