‹ Théâtre choisiChapitre 6 sur 375 · ROTROU ET SON ŒUVRE · texte numérisé non relu

ROTROU ET SON ŒUVRE

public intelligent, ce n’est plus seulement qu’elle veuille donner raison à celui qui écrivait, ne sachant pas prophétiser sa propre destinée :

Qui meurt par sa vertu revit par sa mémoire (1).

C’est aussi, c’est surtout qu’elle a voulu faire rendre en son nom un public hommage de respect et d’admiration au poète qui manque à sa gloire, et dont la propre gloire est si loin d’égaler le vaillant mérite. Rotrou pourtant aimait la gloire et ne s’en cachait pas :

De tous les beaux objets la gloire est le plus doux;

Aussi, de tous les biens, ce bien seul est à nous (2).

Il avait confiance en la justice de l’histoire, qu’il appelle « la plus chère espérance des grands cœurs. » Sa confiance n’a pas été trompée : l’histoire a enregistré son noble dévouement. C’est maintenant aux lettres, trop longtemps ingrates, qu’il appartient de s’enorgueillir d’un si mâle génie, de ra^jeunir cette vieille renommée, et de replacer dans le groupe des grands tragiques, à quelque distance de l’auteur du Cid^ le poète qui, dans sa mort, sinon dans sa vie, fut plus Cornélien que Corneille.

(1) Rotrou, Çrîsante, II, 2,

(2) Saint-Genest, I, 3*

NOTICE

SUR

Dans la préface de sa Clarice, où Rotrou glorifie Plaute, il écrit : a Deux ou trois de ses pièces sur qui j’ai jeté les yeux, et qui ne doivent rien à celles que j’ai déjà mises en notre langue, feront encore admirer cet incomparable comique sur la scène française, si l’inclination qui me reste pour le théâtre, et la passion que j’ai d’avoir l’honneur de divertir encore le premier esprit de la terre, me peuvent faire trouver, parmi mes occupations nécessaires, le temps de leur version. »

La Clarice est de 1641. Nous n’avons de Rotrou aucune imitation du comique latin postérieure à cette date. Mais trois comédies antérieures s’inspirent de Plaute, Ce sont : 1° les Ménechmcs (1632), édités en 1636 et dédiés au comte de Belin. — 2o les Sosies (1636), édités en 1638, in-4, chez Antoine de Sommaville, dédiés à Roger du Plessis, marquis de Liancourt. Plus tard, parut un opuscule très rare : Dessein du poème de la grande pièce des machines de la Naissance d' Hercule, dernier ouvrage de M. de Rotrou, Paris, 1640, in-4 de 12 pages. — 3° les Captifs (1638), édités en 1640, imités aussi de Plaute par du Ryer, en 1636, et par Roy, en^ ni4.

La moinsjbintique de ces comédies est assurément la dernière. Mais les Ménechmes, que M. Naudet appelle « une ingénieuse traduction libre, » étaient déjà plutôt une imitation assez lointaine, et ce n’est pas sans raison que l’auteur se vante de les avoir « habillés à la française. » C’est ainsi qu’on y lit, avant Molière, une piquante satire des médecins ridicules, qui prennent des airs majestueux pour « consulter sur quelque mal de dents, » et découvrent aux gens des maladies qu’ils n’ont pas.

Dans les é’ osies même, est-on sûr qu’il soit la fidèle reproduction de l’esclave antique, ce Sosie qui a la terreur salutaire du guet, et qu’effarouche tant l’idée de loger dans la maison du roi? Il faut avouer pour-

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