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ACTE III, SCÈNE VIII

CRANTÉE.

Elle mourra, l’infâme.

« Qu’il me laisse à mon gré disposer de ma foi ! »

Oui, je te la remets, perfide, elle est à toi.

Oui, je renonce, ingrate, à la fausse victoire Sur qui j’établissais le comble de ma gloire;

Dispose de ta foi, lâche; oui, je te remets Ce bien imaginaire et que tu n’eus jamais.

Ah ! ciel ! ce n’est point toi qui régis la nature ;

Tes astres impuissants errent à l’aventure ;

La région du feu n’a point de pureté;

La terre, quoi qu’on die, est sans stabilité ;

L’ombre produit les corps, et les, ^jorps suivent l’ombre ; L’astre du jour est fixe, et sa lumière est sombre;

Le visage de Laure a de douteux appas.

Et rien n’est assuré, puisqu’elle ne l’est pas.

LE ROI

Enfin voilà, mon fils, cette chaste Lucrèce Dont vous m aviez si haut exalté la sagesse ;

Enfin vous apprendrez de l’usage et du temps Combien il est trompeur d’abonder en son sens,

Et que la passion est un aveugle guide Avec qui l’on s’égare en lui lâchant la bride :

C’est le bruit de la ville et celui de ma cour Que mille avecque vous partageaient son amour,

Si tel bien toutefois, se partageant, se donne :

Car ce qu’on a pour tous on ne l’a pour personne.

ORANTÉE.

Je connais ma folie, et mon aveuglement En cette trahison paraît trop clairement :

Mais que ne peut ce sexe alors qu’il dissimule !

Est-il œil qu’il n’aveugle, est-il cœur qu’il ne brûle? Perfide, tu devais, au moins par intérêt.

Attendre notre hymen, puisqu’il était si prêt.

Puisqu’ aucune puissance, à nos vœux opposée.

N’eût d’ avecque ta foi la mienne divisée,

Et que rien de trop fort ne s’offrait à mes yeux De la part des mortels ni de celle des dieux.

LE ROI

Quand le ciel pour nos fronts a marqué des couronnes, Ses soins dès le berceau veillent sur nos personnes, Gouvernent notre vie, et ne permettent pas Que, destinés si haut, nous descendions si bas.

Il reste donc, mon fils, d’accomplir mon attente,

182 LAURE PERSÉCUTÉE

Et de tourner vos vœux du côté de Tintante :

Le bruit de ses appas est assez répandu Pour vous promettre plus que vous n’avez perdu.

Tous mes fers sont brisés, toute ma üamme est morte, Choisissez les liens qu’il vous plaît que je porte ; Ordonnez-moi le feu qui brûlera mon cœur ;

Le triomphe tout prêt n’attend que le vainqueur.

LE COMTE

Sire, apvès ce bonheur, que le ciel nous envoie, Joignons à mille feux autant de cris de joie.

LE ROI

Puisqu’à mes volontés vous soumettez vos vœux.

Il reste encor, mon fils, un seul point que je veux.

ORANTÉE.

Quel ? ordonnez, Monsieur.

LE ROI

De tenir cet outrage

Trop au-dessous de vous et de votre courage Pour vous devoir aigrir contre un sexe impuissant,

Que vous honoreriez même en le punissant : '

Si vous n’épargnez Laure, épargnez votre gloire ;

C’est assez la punir qu’en perdre la mémoire.

ORANTÉE.

Cet arrêt est un frein à mon juste courroux ;

Je ne veux voir qu’Octave.

LE ROI, au comte.

Allons, retirons-nous.

(Le roi et le comte sortent.)

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