SCÈNE X
OCTAVE, CRANTÉE.
OCTAVE
Qu’avez-vous, Seigneur? quel trouble vous possède?
ORANTÉE.
Une peine, une rage, un tourment sans remède.
Et quel?
ORANTÉE.
De tous les maux qu’on souffre sous les cieux Le plus insupportable et le plus furieux.
OCTAVE
Quelque nouvel obstacle à votre mariage ?
ORANTÉE.
Non, ce serait un mal moindre que mon courage.
OCTAVE
Quel donc?
ORANTÉE.
La jalousie.
OCTAVE
Et de qui?
ORANTÉE.
Tu le sais.
OCTAVE
Ni Laure ni sa foi ne changèrent jamais :
L’inviolable ardeur qu’elle vous a jurée Aussi loin que sa vie étendra sa durée.
ORANTÉE, tirant un poignard.
Infâme recéleur de sa déloyauté,
J’écrirai de ton sang son infidélité.
Quoi, Seigneur, de mon sang ? D’où naît votre colère ?
ORANTÉE.
De l’affront que tu sais et que tu veux me taire, Quoiqu’en cette rencontre, heureusement pour toi, J’aye appris ton respect et reconnu ta foi.
OCTAVE
Et de qui savez-vous que Laure est infidèle ?
ORANTÉE.
Tu le cèles encor? De Laure, traître, d’elle ;
Elle te vient d’offrir la foi que j’en avois,
LAURE PERSÉCUTÉE
Et j’aurais démenti tout autre que sa voix.
OCTAVE
Quoique instruit de sa vie, il est vrai, je l’ai tue, Comme triste nouvelle et toujours trop tôt sue:
Ce qui doit affliger surprend toujours assez.
ORANTÉE.
Quoi î mes bienfaits futurs, mes services passés.
Tant d’obstacles franchis, des transports si sensibles, Signes de mon amour si clairs et si visibles.
Sont de trop faibles nœuds pour arrêter sa foi ?
Mon amour l’importune? Ab! je meurs ; soutiens-moi.
OCTAVE
Il faut faire paraître au regret qui vous presse Autant de fermeté comme elle a de faiblesse.
ORANTÉE,
Sexe ingrat !
OCTAVE
Il est vrai que depuis quelques jours Je suis persécuté de ses folles amours ,
Mais tout autre, s’offrant, serait prêt à lui plaire, Elle ne fait refus ni n’en sut jamais faire;
Vous manquez une place où mille ont réussi.
ORANTÉE.
Puis-je ouïr ce discours? Effronté, sors d’ici!
OCTAVE
Je m’en vais.
ORANTÉE.
Non, reviens, j’oublîrai cette ingrate : Mais il ne peut encor que ma douleur n’éclate. Cherche quelqu’un des miens.
OCTAVE
En ce ressentiment.
Au moins n’attentez rien.
Non, fais tôt seulement.
(Octave sort.)