‹ Théâtre choisiChapitre 97 sur 375 · ACTE III, SCÈNE XI*-Î · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE XI*-Î

Et démolir Fautel où j’ai sacrifié?

Puis-je, l’ayant aimée à l’égal de moi-même,

D’un extrême sitôt passer à l’autre extrême ?

Non, sortez de mon sein, vains projets que je fais: Je l’aime au plus haut point que je l’aimai jamais. Je sais que ma constance, après un tel outrage.

Est bien moins un excès qu’un défaut de courage.

Et que le souvenir de sa déloyauté

Est un honteux reproche à mon honnêteté ;

Mais le mal que je sens ressemble à ces ulcères Qui par quelque accident deviennent nécessaires, Dont il est dangereux de se laisser guérir.

Et qu’on ne peut fermer sans se faire mourir.

O ridicule amour ! cœur lâche, cœur infâme,

Qui ne peux t’échapper des liens d’une femme ! Etre si peu touché d’un si sensible affront 1 Ne le ressens-tu point? est-il tout sur mon front? Elle ne peut souffrir ni moi ni ma fortune ;

Un des miens la rejette, et moi je l’importune.

Ah ! cède, mon amour, à ce juste transport;

Oui, je hais cette infâme à l’égal de la mort.

Mais quoi ! ne la voir plus ! Mon erreur reconnue Peut m’en ôter l’amour et m’en laisser la vue ! Haïssons seulement ce qu’elle a d’odieux.

Et, l’abhorrant du cœur, admirons-la des yeux. Hélas! que résoudrai-je en cette peine extrême?

A peine je la hais que je sens que je l’aime.

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