ACTE I, SCÈNE VII
aux reproches nombreux que j'ai à vous faire; ils ont surtout pour objet votre conduite, vos mœurs.
AUGUSTE
Mes mœurs, mon oncle I.
DUBVILLB.
Oui, monsieur, vosmœurs. Pourquoi, lorsque j'ai du monde à dîner, tous esquiver toujours au dessert? Lorsqu'à force d'instances, vous voulez bien nous honorer de votre présence, on vous voit debout près de U cheminée, répondant par monosyllabes, et feuilletant je ne sais (fuelle brochure, comme pour distraire votre ennuie
AUGUSTE
Ces torts sont réels, sans doute ; mais vous parliez de mes mœurs.
OURVILLE.
Précisément. Vous dédaignez ma société pour celle de M. Delorme. Quand vous avez refusé une place au spectacle dans la loge de votre tante, on vous aperçoit aux troisièmes avec M. et mademoiselle Delorme.
AUGUSTE
Pourriez-vous blÂmer ma liaison avec une famille respectable.
Mais est-il aussi respectable le motif qui vous attire chez cet ennuyeux honnête homme? Voilà de nos philosophes du jour, qui condamnent avec amertume les actions des autres, et qui chercheot à séduire les femmes, les filles de ceux qu'ils appellent leurs amis.
AUGUSTE
Qui? moi, grand Dieu! la séduire 1
nURVILLE.
Et quel serait votre but? Vous ne pouvez pas songer à Tépouser?
AUGUSTE
Et pourquoi ne songerais-je pas à l'épouser?
DURVILLE
Platt-il ! mais vous avez donc perdu tout à fait la tête? Vous marier, à vingt ans, sans état, sans fbrtune I Et à qui? A la fille d'un petit marchand, d'une intelligence très bornée, cfont les affaires sont considérablement dérangées 1 Par toute Tau-
12) DUHAUTCOURS.
torité que je puis avoir sur vous, monsieur, je vous défends de remettre les pieds chez M. Delorme.
AUGUSTE
Ah! mon oncle, combien vous êtes changé pour moi depuis que ce M. Duhautcours s'est établi votre conseil.
durviLlb.
Vous en voulez beaucoup à M. Duhautcours.
AUGUSTE
N'est-ce pas lui qui m'a enlevé votre amitié, votre contîance? Ai-je rien fait pour m'en rendre indigne? Et cependant... mais je vois quejevous irrite; je sors. Si mes assiduités chez M.. Delorme ne servent qu'à vous aigrir contre lui, il faudra bien que je cesse de le voir; mais n'est-ce pas me faire cruellement acheter l'asile que vous m'avez ofiFert? (// sort.)