‹ Théatre choisiChapitre 127 sur 418 · AUGUSTE, MADEMOISELLE DELORME, MADAME DURYILLE · texte numérisé non relu

AUGUSTE, MADEMOISELLE DELORME, MADAME DURYILLE

IIADÂMB DURVILLK, iras parée,

Ahl VOUS voilà, Auguste; je vous cherche partout. Vous avez du ^oût, je le sais; dites, ne suis-je pas mise à ravir?

AUGUSTB.

Ma tante, c'est mademoiselle Delorme.

MADAME DURVU.LB.

Mademoiselle Delorme? Eh. bonjour, ma chère voisine. Vous qui vous y connaissez, n'est-il pas vrai que ce bonnet-là me va à ravir ?

MADEMOISELLE DELORME

Madame...

MADAME OURVU^LB.

Et cette robe, n'est-elle pas du dernier goût? En vérité, M. Crépon s'est surpassé aujourd'hui.

AUGUSTE

Ma tante...

MADAME DURVILLB.

Je n'ai pas voulu mettre mes diamants, parce que la simplicité sied toujours mieux quand on est chez soi. Qu'en pensez-vous?

MADEMOISELLE DBLORMB.

Madame, j« suis descendue exprés pour vous prier...

MADAME nURVILLE.

Je me fais une idée délicieuse de notre fête de ce soir; nous n'aurons jamais eu tant de monde : six tables de bouillote.dans le grand salon^ et l'on dansera dans la galerie. Maïs concevez-vous le ca-

ërice de M. DurviUe, qui voulait remettre la fête? n vérité, cet hopime-là. .Basait ce qu'il veut. £hl

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mais, mon Dieu I moi qui n'y ai pas pensé, il faut que vous en soyez, ma petite voisine; à votre âge on aime la danse. Ne vous inquiétez pas de votre toilette; une jeune personne, tout lui va : une rose dans les cheveux seulement, et vous serez charmante.

MADEMMSBIiLB DBLOBME»

Ah ! madame, nous ne sommes pas en humeur de songer à nos plaisirs.

MADAME DURVILLE

Comment donc I qu*avez-vous Je vous prie? Vous m'inquiétez; confiez-moi vos peines, ma chère

enfant. (En ne regardant à une glace,) Ah! le joH

bonnet! mon Dieu! le joli bonnet! j'en raffole.

MADEMOISELLE DELORME

Je venais exprès pour solliciter votre entremise.

MADAME DURVILLE

Tout ce que vous voudrez, ma chère' voisine ; vous savez combien je suis attachée de cœur à vous, à votre cher papa. Comme elle est intéressante cette bonne petite I n*est-il pas vrai, Auguste?

AUGUSTE

Ah ! j'en étais bien sûr, ma tante, que vous ne seriez pas iosensible à la situation de mademoiselle. Vous saurez que M. Delorme, par une complication de malheurs, se trouve dans le plus grand embarras.

MADAME DURVILLE

Ah! mon Dieu! mais c'est affreux ce que vous m'apprenez là !

MADEMOISELLE DELORMB.

Tous ses créanciers, touchés de son infortune, ] et convaincus de sa probité, lui ont accordé toutes j les facilités qu'il a demandées. Il n*en est qu'un seul...

AUGtJSTE.

Oui, M. Durville, mon oncle, est seul resté inflexible.

MADAMB DURVILLB.

Mon mari!

AUGUSTE

II y a une sentence, une prise de corps.

MADEMOISELLE DELORMB.

Mon père a vainement essayé de l'attendrir.

139 DUHAUTCOURS.

MADAME DURVILLB.

Cest une barbarie !

AUGUSTE

Mon oncle l'a repoussé.

MADEMOISELLE DELORMB.

Mon père a peut-être un peu trop de fierté. Il est décidé à ne plus tenter de nouveaux efforts. Il m'a défendu même de venir vous voir; j'ai profité de son absence pour hasarder une dernière démarche auprès de vous.

MADAME DUR VILLE

Et vous avez très bien fait, mon enfant.

MADEMOISELLE DELORME

Vous avez eu la bonté de me montrer quelque amitié.

AUGUSTE

Parlez pour M. Delorme à mon oncle.

MADEMOISELLE DELORME

Obtenez-nous du temps pour nous acquitter, quelques jours seulement.

MADAME DURVILLE

Ecoutez, je ne me mêle jamais des affaires de mon mari. Il m*a fait signer ces jours-ci je ne sais Quel acte, une séparation de biens je crois. Il fait ae moi tout ce qu'il veut; je n'y entends rien : mais ici c'est différent; c'est une affaire de procédés entre voisins, un acte de justice, une bonne action que je lui propose ; je lui parlerai, je vais lui parler.

Ahl ma tante, quelle reconnaissance ne vous devrai-je pas... ne vous devra pas mademoiselle?

MADEMOISELLE DELORME

Que j'ai bien fait, madame, de m'adresser à vous! Mais nous n'avons pas de temps à perdre.

MADAME DURVILLE

Non, vraiment; tout notre monde ne peut tarder, et quand une fois le bal sera commencé, j'aurai tant d'occupations, tant d'embarras... 11 n'y aura pas moyen de lui parler. Le voici; vous allez voir comme je vais prendre vos intérêts.

MADEMOISELLE DELORMB.

Le voici. Je vous laisse.

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