‹ Théatre choisiChapitre 188 sur 418 · MADAME MUSARD, MUSARD · texte numérisé non relu

MADAME MUSARD, MUSARD

(Au lever du rideau, Musardy en robe de chambre et les cheveux roulés, est occupé à regarder des poissons dans un bocal sur une table ; il s'amuse à agiter Veau avec une plume pour les faire remuer.)

MADAME MUSARD , entrant.

Eh quoil monsieur Musard, vous n*ètes pas sorti? VOUS n*étes pas habillé? vous n'êtes pas coiffé? mais dix heures vont sonner.

MUSARD, liront sa montre,

Qu*est-ce que vous dites donc^ ma femme... C'est vrai I Ah ! mon Dieu ! comme le temps passe t Allons, allons, je serai bientôt prêt. J'achevais d'écrire le journal de mon voyage, et je regar^

deis ces petits poissons rouges dans un bocal : cela orne un salon, n'est-ce pas? Ma foi, mon fils nous a logé -dans un très bon hôtel ; rien n'y manque.

MADAME MUSARD

Mais vous avez ce matin les affaires les plus importantes pour vous, pour votre lils, pour moi. Vous m'aviez bien promis que, dès le lendemain .de votre arrivée à Paris , vous feriez vos courses, vos visites ; et vous vous amusez à regarder des poissons rouges dans un bocal !

MUSARD

Eh bien ! quoi? ces courses, ces visites, je m'en vais les faire... Va, sois tranquille, toutes ces affaires importantes qui te tracassent, c'est moins que rien; en une matinée j'aurai tout arrangé.

MADAME MUSARD

Moins que rien I le mari de feue ma sœur, qui, après nous avoir écrit des lettres charinantes, pleines d'amitié, oh il nous proposait de transiger a l'amiable, s'avise de nous envoyer une citation, et qui veut plaider à toute outrance contre moi , pour la succession de mon grand-père.

MUSARD

C'est un chicaneur, je le mettrai à la raison.

MADAME MUSARD

Votre fils, qae nous avons envoyé à Paris pour travailler, qui était sur le point d'obtenir la place de receveur de l'enregistrement à Saint-Quentin, où nous sommes établis , et qui tout d'un coup voit ses amis et les vôtres lui tourner le dos quand il les rencontre, et lui fermer leurs portes quand il va les voir.

MUSARD

Mon fils est jeune, il aura fait quelque fredaine qu'il nous cache. Je verrai tous ces honnêtes gens-là : il aura la place.

MADAME MUSARD

Enfin, M. Forlis, notre correspondant, qui ne veut plus vous envoyer de marchandises, et qui prétend vous forcer par huissier à compter avec lui.

MUSARD

Très mauvais procédé de sa parti procédure

SCBNE II. 19)

encore plus mauTaise! On verra mes comptes; c'est lui qui est mon débiteur, je le parierais.

MADAME M0SARD

Je n'en doute pas, vous avez raison sur tous les points; mais vous finirez par avoir tort, si vous tardez, si vous niaisez, si vous ne sortez pas, si vous ne vous occupez pas très sérieusement de vos affaires.

MUSARD

Ëli bien ! ne f amuse donc pas à bavarder, si tu veux que je m'en occupe.

Ab ! combien vous avez eu tort de renvoyer, il y a deux mois, ce jeune bomme, ce commis, qui entendait mieux votre commerce que vous!

MUSARD

J'ai eu tort... un brouillon, un homme impatient, qui venait à tout moment me relancer pour des comptes, pour des signatures, daos mon jardin, dans mes sociétés, au café, au billard; qui m'empêchait d'être à mon jeu.

MADAME MUSARD.-

Oui; mais il faisait vos affaires, et elles allaient bien. Depuis que vous vous en mêlez, elles vont tout de travers. M. Lerond, votre perpétuel antagoniste, l'a pris avec lui, et s'en trouve bien.

MUSARD

Ah parbleu I ie ne le lui envie pas; ils sont à merveille ensemble. M. Leroadl un nomme que je déteste.

MADAME MUSARD

Mais habillez-vous donc, je vous en prie. Tenez, voilà votre fils que son impatience amène, et que vos lenteurs mettent au désespoir.

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