‹ Théatre choisiChapitre 213 sur 418 · SCENE XXVIII · texte numérisé non relu

SCENE XXVIII

MUSARD

Écoute donc, il était tard ; on ne peut pas marcher dans Paris comme on veut. Comment passer devant ces belles boutiques de meubles, de oijouterie, sans s'arrêter, sans examiner, quand on est curieux de belles choses; et d'ailleurs j'ai marchandé UQ eizévir chez un libraire bouquiniste; il était trop cher : ensuite, comme il pleuvait, je n'ai pas pu sortir des galeries de bois ; et en An j'ai fait des réflexions... J'irai demain, ou plutôt j'écrirai; car vois-tu, est-iJ bien que j'aie l'air de courir après les gens? Je leur demanderai un rendez-vous.

MADAME MUSARD

Moi, monsieur, j'ai appris de belles nouvelles pendant votre absence.

MUSARD

Eh quoi! donc... {Admirant son baromètre,) Le

beau baromètre !

D'abord, la place que votre fils sollicitait est donnée à un autre.

MUSARD

On ne l'aura pas jugé capable... {Prenant les sonates.) Les sonates sont de Pleyel.

MADAME MUSAnU>

Pardonnez-moi, votre fils est capable de tout; tout son malheur est d'avoir un père qui n'est capable de rien.

MUSARD

Ah! capable de rien, madame Husard?

MADAME MUSARD

N'avez-vous pas souscrit des billets à ordre pour le quinze?

MUSAtlD,

Eh bien? qu'on se présente.

MADAME MUSARD

On s'est présenté, vous n'avez pas payé, on a protesté.

MUSARD

Allons donc... Eh 1^ mais, c'est possible ; le cfuinze au matin» j'ai fait dire que je n'étais pas visible; je voulais achever le dernier volume de ce roman si intéressant.

Et ces lettres de change sur Dorneville, que vous deviez mettre à la poste? Elles ne sont pas parties?

MUSARD

Ah ! mon Dieu ! je m'en souviens : en me disputant avec le directeur de la poste sur un apophthegine de médecine (car il est aussi médecin notre directeur de la poste), j*ai mis la lettre dans ma poche, et je Tai suivi chez un malade. J'ai eu tant d'occupations depuis ce temps-là!

MADAME MUSARD

Et depuis un mois, M. Dorneville n'a-t-il pas suspendu ses payements!

MUSARD

On me Ta dit.

MADAME MUSARD

Étonnez-vous, après ces beaux chefs-d'œuvre,

3ue voire correspondant ne veuille plus faire 'affaires avec vous, qu'on ait donné ta place à un autre qu'à votre fils; et ce. procès dont me menaçait mon beau-frère! si par aventure M. Lerond...

MUSARD

M. Lerond? je l'aurais parié; il est pour beaucoup dans tout cela. Maudit homme, c'est lui qui m'attire tous ces malheurs.

MADAME MUSARD

Ehl non, non, monsieur; c'est vous seul qui par votre inertie, votre insouciance, ce que vous appelez le vague heureux de l'esprit, avez tout fait, tout préparé, tout perdu. Or, maintenant, achetez des baromètres, faites des recueils de chansons, félicitez-vous de vous lever tous les matins sans savoir ce que v^us ferez dans la journée, de sortir sans savoir où vous irez, de vous égarer dans vos promenades, d'interroger les passants, d'examiner les boutiques, de deviner à quel point en sont deux personnes qui se donnent le bras ; trente mille francs perdus, des billets à ordre protestés, notre ûls sans état : c'est charmant I

MUSARD

Ohl pour cette fois j'ai tort. Mais allons, il ne

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faut pas perdre la tête; tu vas voir que je sais agir.

MADAME MU8ABD

Eh! mon Dieu! restez tranquille, c'est tout ce que je vous demande. Qu*al]ez-vous faire? entamer des démarches pour ne les pas achever, sortir pour aller dans un endroit, et aller dans un autre : restez, niaisez, musez, et laissez faire aux autres.

MUSARD

Mais cependant, ma femme, il me semble... Allons, allons, je pars et je prends une voiture, afin de n'être pas tenté de m'amuser en route. Joseph... Mais comment diable as-tu fait pour découvrir tout cela?

MADAME MU8AAD

En faisant ce que j'aurais dû faire depuis longtemps, en me faisant donner par Joseph tout ce qui était dans vos habits.

Ck)mmentl on s'est permis...

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