ACTE I, SCÈNE I
Îiar circonstance, par calcul : quelle pitié I Gomme 'a dit un ancien ou un moderDe, ce ne sont pas des hommes, ce sont des machines. Mais moi, moi! je ne vis que de ce <}ue je gagne, je ga^ne à peine de quoi vivre; mais j'ai là une certaine force d'âme qui vaut mieux que la Tortune. Je plains les riches, ie méprise les richesses, et je me trouve naturellement et par moi-même audessus de tous les coups du sort.
GASPARD
Ainsi, comme le sage d'Horace, tu demeurerais ferme sous les ruines de l'univers. Tu es philosophe ; moi, je n'y ai pas de prétention. Mais voyons donc un peu cette bouteille dont tu m'as parlé, d'anisette de... de...
MARCELIN
De Hollande; c'est l'épicier^onfiseur de Tendroit qui m'en a fait cadeau pour quelques mémoires que je lui ai copiés gratis; pourrais-je l'entamer dans une meilleure occasion! Tu vas
voir... {Cherchant dans sa boutiqae,) Eh bien ! qu'est-
ce que c'est! ah! mon Dieu!
Eh! quoi donc?
MARCELIN
Est-il possible? Je ne la trouve plus. Elle est perdue, ou cassée, ou volée. Ah! mon Dieul est-ce avoir du guignon I
GASPARD
Eh bien ! ne vas-tu pas te désoler pour une bouteille de liqueur?
MARGBUN.
Eh I vraiment, ceux qui ont des caves bien garnies peuvent se moquer d'un pareil accident. Mais moi, dont toute la cave se composait d'une bouteille!...
GASPARD
Calme-toi, grand philosophe au-dessus de tous les événements. J'en ai une dans mon havresac^ de bonne vieille eau-de-vie de Cognac. (Tirant une
bouteille d'osier de son havresac.) Tiens.
MARCSLlNy se calmante Ahl
Sdî LES MARIONNETTES.
GASPARD, présentant sa bouteille à Marcelin, et lui
versant à boire.
Cela vaudra bien Tanisette de ton épicier; et, en l'honneur de notre heureuse rencontre, je te prierai de vouloir bien garder...
Ce cher Gaspard... D'un ami je ne rougis pas d'accepter... Je te disais donc que je défie le bonheur, il ne m'éblouira pas ; je défie le malheur, il ne m'abattra pas.
GASPARD
Oui, tu viens de m'en donner la preuve.
MARCELIN
Oh! parce que je me suis un peu emporté... Juge-moi : je me trouve dans une des circonstances les plus importantes de ma vie ; car nous voici au moment des confidences, n'est-ce pas? Deux amis, à la fin d'un déjeuner... Es-tu marié, toi?
GASPARD
Depuis douze ans; j'ai une femme superbe, une jolie petite fille, qui prolnet d'être aussi maligne que sa mère. Je ne les emmène pas dans mes courses.
MARCELIN
Eh bien! moi, je suis garçon, mais... hier, au moment où j'allais prendre un billet à ton spectacle, et où, après m'avoir reconnu, tu nous fis ouvrir la plus belle loge, as-tu remarqué cette jeune personne qui était avec moi?
GASPARD
Une petite blonde ?
MARCELIN
C'est Georgette, ma parente, à un degré très éloigné. Dieu merci, car nous n'aurions pas le moyen d'avoir des dispenses ; une de mes élèves. C'est moi qui lui ai montré à lire et à écrire, en ma qualité de maître d'école. Toute petite, je la distinguais de ses compagnes, je la distingue bien davantage depuis qu'elle est grandie. Elle m'adore^ je l'aime...
GASPARD
Et tu vas l'épouser? Parbleu, voilà une nouvelle qui prolongera mon séjour dans ce pays. Je veux être de la noce«