SCÈNE VI
PHILIBERT aîné, PHILIBERT CADET.
{Philibert cadet parait sur te balcon du billard, tenant d^une main un verre de liqueur ^ et de Vautre une queue de billard avec une lime. Il pose son verre de liqueur
dl4 LB8 DSSTX PHIIilRERT.
$ur la baluitrade ^ hMUwn , et commence à limer ta queue»)
PHBJBEBT GUaT.
Si j*ai \e coup d'œil juste, j'ai affaire là à de gr&nds innocents qui ne sont guère plus adroits à faire la bille que M. Pastoureau.. (Apercevant Philibert aine.) Ëhl mais je ne me trompe pas; c'est mon frère que j'aperçois. {Appelant.) Philibert! Philibert! mon frère, mon ami!
PHIUBEHT AÎNÉ, levant la tête.
Que vois-je? non frère I
PHILIBERT CADET, reprenant non verre de liqueur.
Attends, attends-moi, je descends; j'ai furieusement de choses à te dire, (i/ te hâte de boire ton verre de liqueur et quitte le balcon.)
PHILIBERT aInÉ.
Mon frère! mon frère icil Par quel hasard? qu'y vient-il faire? Il m'arrive rarement de le rencontrer sans qu'il m'en survienne quelque lÂalheur.
PHILIBERT CADET, entrant en tcène eane chameau , et oa queue de billard à la main.
Que tu viens à propos! que je suis aise de te voir! Embrassons-nous, mon cher frère. {Il embrasse son fr^e et lui serre la main avec tend;reste,) C'est mon bon ange c^ii t'envoie ici. Il faut que je te demande ton avw sur une affaire...; parce que toi qui es d'un si bon conseil, surtout pour ce
3ui touche au point d'honneur».. Il m'est arrivé ans ce pays une aventure... ^uî commençait à merveille, qui ne finit pas si bien... Tu es com- .promis, nous sommes compromis, la famille £st Icompromise, et c'est pour toi que j'en souffre; car |à moi, qu'est-ce que cela me àiit? Mais mon frère qui tient à la considératioiD, et qui la mérite...
PmUBOSRT AÎMiÉ.
Mais enfin m'expliqueras-tu?...
PHILIBERT CADET
Viens; tu es un honnête homme, tu es connu pour teH, on te croira ; viens ileur dire^ je t'en prie, que je suis un honnête homme aussi, moi; c'està-dire un bon enfami qui ai fait et qui iferai encore- Men des étourderies, mais incapable d'une action.«.
AOTB III, SOÉNB VI. 415
Quelle action? Qa'as-tu fait? encDie quelc^ue
extravagance.
PHILIBERT CADET
NoD, sur mon âme. Tu ne te serais pas mieux conduit. Ils m'ont comblé de polit^sies; moi, j'y ai répondu d'abondance de cœur; et tout d'un coup, parce que je suis aimable, parce que je suis gai, ils changent de manières avec moi... et il faut bien que je te l'avoue, ils me prient de sortir de la maison.
PHILIBERT AInIS.
Tu es obscur eteonfus dans tes discours; mais je tremble de trop bien deviner.
PHILIBERT CADET
Comment? tu n'entends pas qu'ils m'ont invité, amené à leur maison de campagne; qu*ils ont voulu que j'eusse des talents, que je susse dessiner, faire des vers et de la musique, et qu'ensuite, ils m'ont dit qu'il y avait erreur dans l'invitaMon?
PHILIBERT AtNi.
Ahl grand Dieu! Est-ce de cette maison, de chez M. Duparc qu'on t'a congédié?
PHILIBERT CâDET.
Précisément. Tu es indigné d'un pareil procédé, et moi aussi; mais il ne faut pas que cela te consterne : nous en sortirons à notre honneur.
PHILIBERT AtNÉ.
Oh 1 bien, maintenant, tout est éclaircî.
PHILIBERT CADET
Mon bon frère, si tu savais combien je suis touché du chaffrin que te cause mon malheur 1 mais ne te désole donc pas pour une chose dont je suis tout consolé; parlons de toi. Où en es-tu de oe bonheur que tu m'as si joyeusement annoncé ce matin?
PHILIBERT aInÉ.
Eh I malheureux, c'est toi qui l'as détruit.
PHILIBERT CADET
Moi! comment cela?
PHILIBERT aInB.
r/e^ à moi çjue la lettre d'invitation de M. Dupavc était destinée. On te l*a remise.
416 LBS DEUX PHILIBB&T.
PHIUBBRT CA.DBT.
Dieu! n'achève pas. Eh bien! tu me croiras si tu veux, je m'en suis douté.
PHILIBERT aInÉ.
Et, grÂce à tes extravagances, je ne puis pas me jusiifier, puisque les valets eux-mêmes refusent de m'entendre.
PHILIBBBT GA.DBT.
II faut convenir que je suis un grand misérable : me voilà doue l'artisan du malheur de mon frère, de mon bienfaiteur, du meilleur des frères ; batsmoi, accable-moi , tue-moi , je le mérite, tu te rendras service et à moi aussi. Au surplus, je reconnais ton bon goût : la jeune personne est charmante ; elle ressemble à cette femme de Lyon, tu sais, Armantine, qui m'a tant aimé ; cela m'a frappé du premier coup d'œil.