‹ Théatre choisiChapitre 392 sur 418 · RIGAUDIN, TOINETTE · texte numérisé non relu

RIGAUDIN, TOINETTE

TOINBTTE.

Le commis à cheval m'a bien promis qu'il apporterait les lettres de monsieur, et il est parti au grand trot.

JACQUILLARD, à part.

Ainsi, je saurai mon sort une heure avant les autres.

RIGAUDIN

AiB : J'ai vu partout dan» mes voyages.

Il n*est pas jusques à Toinette Qui n*ait son billet.

JACQUILLARD.

Oui, vraiment.

A faire une pareille emplette Peut-elle employer son argent I

TOINETTE

C'est un cadeau de ma marraine.

{Regardant Rigaudin qui sourii») Pourquoi ce sourire malin?

RIGAUDIN

Oui, Toinette tient cette aubaine D*une marraine... ou d*un parrain.

TOINETTE

Mauvaise langue ! Monsieur sait bien que c'est la vérité. Franchement, j'aurais mieux aimé que ma marraine m'eût acheté une robe, du linge ou une croix d'or.

JACQUILLARD.

. Petite coquette, petite dépensière ; vous feriez bien mieux d'économiser pour payer mademoiselle Verneuil, qui a eu la bonté de vous faire crédit.

TOINETTE

Pardine I mademoiselle m'a-t-elle assez tourmentée pour avoir manqué d'un jour le payement que je lui avais promis ! mais à présent elle ne me tourmente plus. Elle est contente. Demandez-lui plutôt.

MADEMOISELLE VERNEUIL

Oui, oui, nous nous sommes arrangées, Toi-

nette et moi. (1 part.) D'une mauvaise paye on prend ce qu'on peut.

TOmETTB, bas à mademoiielU VemeuiL Du silence, je vous en prie, mademoiselle Verneuil, qu'on ne sache pas... (Haut.) Quant à ce billet de loterie, je m'en soucie si peu que je ne sais plus seulement ce que j'en ai fait, que je ne sais pas quand se fera le tirage, que je ne sais plus quel est mon numéro.

RIGÂUDm.

Âh I petite hypocrite, si tu gagnais, tu retrouverais bien vite ta mémoire. Sois tranquille, au surplus, je saurai tout quand je voudrai. J'ai uoe liste de toutes les personnes du bourg qui ont mis à cette loterie, et elle est longue.

JACQniLLÂ.RD, arrêtant tendrement mademoiieUe Verneuil, Ma voisine, promettez-moi que nous reprendrons l'aimable entretien...

MADEMOISELLE VERNEmL.

Quand il vous plaira^ mon voisin, (i part.) Ce M. Jacçuillard ferait, je crois, un bonhomme de mari. {Elle rentre dam ta boutique»)

JACQUILLARD.

Charmante femme ! Oui, je crois que quand bien même je gagnerais la maison, je ne m'en déciderais pas moins... Mais j'ai dans l'idée que je gagnerai. Je ne crois pas aux rêves... cependant, celui que j*ai fait cette nuit... (1 Toinette.) Petite

sotte* (// rentre dans sa maison,)

TOINETTE

Ce M. Jacquillard me fait manger un pain bien dur.

RIGAUDIN

Je ne te gronde ni ne te brusque, moi, Toinette ; et tu devrais savoir qu'il est d'usaee presque immémorial que les servantes et les clercs de

notaire... {Il lui prend la main,)

TOINETTE, %* échappant de ses mains.

Laissez donc, monsieur Rigaudin.

Aia : FemmeSt voulex-vous éprouver»

Je n'aime pas plus vos douceurs Que les duretés de mon mattre, Et vous pouvez porter ailleurs L'amour que vous faites paraître.

SCÂNE vil. 489

Si les notaires, les procureurs N'avaient pour clercs que de tels personnages, Gerte, on verrait chez ces messieurs Beaucoup moin^ de mauvais ménages.

RIGAUDIN

Ah ! friponne, tu fais la fière, parce que tu attends la visite de ton cousin Charles. Eh bien I tu as tort ; c'est un infidèle qui n'a pu manquer de t'oublier à Paris. Sans adieu, cruelle.

(// rentre dam r étude*)

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