RIGAUDIN, TOINETTE
TOINBTTE.
Le commis à cheval m'a bien promis qu'il apporterait les lettres de monsieur, et il est parti au grand trot.
JACQUILLARD, à part.
Ainsi, je saurai mon sort une heure avant les autres.
RIGAUDIN
AiB : J'ai vu partout dan» mes voyages.
Il n*est pas jusques à Toinette Qui n*ait son billet.
JACQUILLARD.
Oui, vraiment.
A faire une pareille emplette Peut-elle employer son argent I
TOINETTE
C'est un cadeau de ma marraine.
{Regardant Rigaudin qui sourii») Pourquoi ce sourire malin?
RIGAUDIN
Oui, Toinette tient cette aubaine D*une marraine... ou d*un parrain.
TOINETTE
Mauvaise langue ! Monsieur sait bien que c'est la vérité. Franchement, j'aurais mieux aimé que ma marraine m'eût acheté une robe, du linge ou une croix d'or.
JACQUILLARD.
. Petite coquette, petite dépensière ; vous feriez bien mieux d'économiser pour payer mademoiselle Verneuil, qui a eu la bonté de vous faire crédit.
TOINETTE
Pardine I mademoiselle m'a-t-elle assez tourmentée pour avoir manqué d'un jour le payement que je lui avais promis ! mais à présent elle ne me tourmente plus. Elle est contente. Demandez-lui plutôt.
MADEMOISELLE VERNEUIL
Oui, oui, nous nous sommes arrangées, Toi-
nette et moi. (1 part.) D'une mauvaise paye on prend ce qu'on peut.
TOmETTB, bas à mademoiielU VemeuiL Du silence, je vous en prie, mademoiselle Verneuil, qu'on ne sache pas... (Haut.) Quant à ce billet de loterie, je m'en soucie si peu que je ne sais plus seulement ce que j'en ai fait, que je ne sais pas quand se fera le tirage, que je ne sais plus quel est mon numéro.
RIGÂUDm.
Âh I petite hypocrite, si tu gagnais, tu retrouverais bien vite ta mémoire. Sois tranquille, au surplus, je saurai tout quand je voudrai. J'ai uoe liste de toutes les personnes du bourg qui ont mis à cette loterie, et elle est longue.
JACQniLLÂ.RD, arrêtant tendrement mademoiieUe Verneuil, Ma voisine, promettez-moi que nous reprendrons l'aimable entretien...
MADEMOISELLE VERNEmL.
Quand il vous plaira^ mon voisin, (i part.) Ce M. Jacçuillard ferait, je crois, un bonhomme de mari. {Elle rentre dam ta boutique»)
JACQUILLARD.
Charmante femme ! Oui, je crois que quand bien même je gagnerais la maison, je ne m'en déciderais pas moins... Mais j'ai dans l'idée que je gagnerai. Je ne crois pas aux rêves... cependant, celui que j*ai fait cette nuit... (1 Toinette.) Petite
sotte* (// rentre dans sa maison,)
TOINETTE
Ce M. Jacquillard me fait manger un pain bien dur.
RIGAUDIN
Je ne te gronde ni ne te brusque, moi, Toinette ; et tu devrais savoir qu'il est d'usaee presque immémorial que les servantes et les clercs de
notaire... {Il lui prend la main,)
TOINETTE, %* échappant de ses mains.
Laissez donc, monsieur Rigaudin.
Aia : FemmeSt voulex-vous éprouver»
Je n'aime pas plus vos douceurs Que les duretés de mon mattre, Et vous pouvez porter ailleurs L'amour que vous faites paraître.
SCÂNE vil. 489
Si les notaires, les procureurs N'avaient pour clercs que de tels personnages, Gerte, on verrait chez ces messieurs Beaucoup moin^ de mauvais ménages.
RIGAUDIN
Ah ! friponne, tu fais la fière, parce que tu attends la visite de ton cousin Charles. Eh bien I tu as tort ; c'est un infidèle qui n'a pu manquer de t'oublier à Paris. Sans adieu, cruelle.
(// rentre dam r étude*)